dimanche 8 novembre 2009

8 Novembre : Dimanche de l'Eglise persécutée

1. INTRODUCTION :



Au cours d’un de ses voyages en Europe de l’Est, le fondateur de Portes Ouvertes, Frère André, rencontra un pasteur qui fut maintes fois emprisonné. Celui-ci demanda à Frère André si on persécutait les chrétiens dans son pays d’origine, la Hollande. Frère André sourit :

- Non, les chrétiens ne sont pas persécutés dans ma patrie

- Ne met-on personne en prison pour sa foi ? demanda l’homme un doute dans sa voix.

- Non, personne

- Pourquoi pas ?

- Parce que nous avons la liberté de religion dans notre pays, lui expliqua Frère André.

Mais le frère de l’Europe de l’Est insista :

- Que faites-vous donc de 2 Timothée 3,12 ?

C’est une question très embarrassante si on ne connaît pas ce verset.

Frère André le lut : « D’ailleurs, tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. » Puis, il répondit à voix basse :

- Rien, nous ne faisons rien de ce verset..


2. QUE FAITES-VOUS DE 2 Tim 3,12 ?



« Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés ! Que faites-vous donc de ce verset ? Cette question posée il y a longtemps à frère André nous est aussi posée à nous qui vivons dans un pays libre ! Elle peut d’ailleurs être comprise de diverses manières :


1ère manière : que faites-vous de l’idée selon laquelle plus vous serez sérieux dans votre vie avec Jésus-Christ, plus vous aurez le courage de vivre et de vous afficher comme disciple du Christ, plus vous augmenterez vos chances d’être persécuté ? Avez-vous intégré dans votre vie l’idée que le prix à payer en termes de souffrances et de rejet des autres dans ce monde augmente proportionnellement à votre engagement pour Jésus ?

2ème manière : que faites-vous de l’idée selon laquelle une grande partie de vos frères et sœurs qui, dans le monde, professent leur foi en Jésus-Christ sont soumis à toutes sortes de souffrances : emprisonnement, torture, séparation, viols, violence… En quoi, dans votre quotidien, leurs souffrances vous affectent-elles, vous préoccupent-elles ou influencent-elles votre vie ?


C’est là une question sérieuse à laquelle, je pense, il vaille la peine que nous prenions, au moins un dimanche par an, la peine de réfléchir. Car, si la persécution a atteint certains de nos frères et sœurs dans le monde qui, dans le passé, jouissaient d’une certaine liberté, elle peut aussi nous atteindre un jour !


« Bien-aimés, écrit l’apôtre Pierre, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous aussi vous soyez dans la joie et dans l’allégresse lorsque sa gloire apparaîtra : 1 Pierre 4,12-13


Alors que, pour la 1ère fois, il prenait l’avion, Jan Pit, un collaborateur de Portes Ouvertes, se souvient de la frayeur qu’il a eu. Alors qu’il était assis confortablement sur son siège, une hôtesse prit la parole pour s’adresser par haut-parleur aux passagers pour leur dire : « Dans le cas peu probable d’une décompression imprévue, des masques sont prévus pour vous aider à traverser ce moment. » Pendant que la première hôtesse de l’air parlait, une autre, explique Jan Pit, se dirigea vers une armoire, l’ouvrit, et sortit un objet ressemblant à un masque. Puis elle ajouta tout sourire : « Vous trouverez également vos gilets de sauvetage sous vos sièges. »


L’intervention terminée, Jan Pit, comme tous les autres voyageurs se replongent dans leur univers. « Quand tout à coup, en altitude, raconte Jan Pit, je sens l’avion tanguer. Je jette un coup d’œil à l’extérieur et je frissonne. Je n’entends plus le bruit des moteurs. Le bout de l’aile remue de haut en bas comme s’il allait se rompre d’un moment à l’autre. Les paroles de l’hôtesse résonnent dans mes oreilles : « Dans le cas peu probable d’une décompression imprévue… » Rien maintenant, dit-il, ne me semble improbable ! Au contraire ! »

Pensons-nous, ajoute Jan Pit suite à son expérience, à l’égard de la persécution comme lui pensait à l’égard de la possibilité éventuelle d’un ennui technique en plein vol. il se peut que, prenant l’avion, un tel ennui ne se produis jamais pour vous. Mais il se peut aussi qu’il arrive. Et, en ce cas, nous avons tout intérêt à nous y préparer avant et, comme l’a dit l’hôtesse de l’air, à réfléchir d’avance aux mesures et au moyens dont nous aurons besoin pour traverser ce moment difficile.


Pendant la guerre du Vietnam, les missionnaires d’une certaine société tenaient leur conférence annuelle. La ville où ils étaient réunis ressemblait à une forteresse. Il y avait beaucoup de soldats, de barricades et de canons car les communistes du Nord Vietnam l'avaient souvent attaquée. Malgré tout, les missionnaires discutèrent de divers projets prévus pour les années à venir et adoptèrent un programme de dix ans. Nul ne pensait que le Vietnam tomberait. Tous étaient bien convaincus qu’il resterait toujours ouvert au travail missionnaire.

Qu’est-il arrivé ? Le Vietnam succomba, non pas dix ans plus tard, mais dix jours après la conférence ! « Cela n’arrivera jamais » : telle était l’opinion des missionnaires présents. Mais dix jours plus tard, ils devaient tous fuir le pays, laissant, dit le frère qui rapporte cet événement, l’Eglise sur place sans préparation.

Prier pour nos frères et sœurs qui, aujourd’hui, passent par la persécution ! Penser, méditer, réfléchir à la part que cette réalité a dans notre vie ! Nous préparer « au cas peu probable » où elle surviendrait pour nous : tel est le sens et l’utilité que nous voulons donner ce dimanche à ce culte consacré partout dans le monde à l’Eglise persécutée !


3. Réflexions bibliques :


En quoi, en tant que chrétien vivant dans un pays libre, la souffrance de l’Eglise persécutée me concerne-t-elle ? Que peut-elle m’apprendre ? Et en quoi, moi qui n’ait pas aujourd’hui à faire directement face à la persécution, m’oblige-t-elle ? C’est à ces trois questions que, ce matin, j’aimerais que nous réfléchissions encore pendant ce culte.

1ère question : en quoi, en tant que chrétien vivant dans un pays libre, la souffrance de l’Eglise persécutée me concerne-t-elle ?


Réponse : Actes 9,1 à 5


La 1ère réponse à la question posée se trouve dans les mots que le Seigneur choisit d’employer lorsque, s’adressant au plus grand persécuteur de l’église primitive, Il intervient du haut des cieux pour l’arrêter dans ses funestes projets. Alors que Saul de Tarse est en route vers Damas pour arrêter et faire juger les chrétiens à Jérusalem, le Seigneur, s’adressant à lui, ne lui demande pas : Saul, Saul, pourquoi persécutes-tu Mes disciples ? Mais Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ?


Les mots choisis par Jésus pour s’adresser à Saul ont un seul but : l’amener à comprendre qu’en s’attaquant à la personne de Ses témoins, c’est à Lui-même en fait qu’il s’attaquait. Si ces mots ont suffi à arrêter Saul de Tarse dans la rage qu’il avait contre les disciples du Christ, ils ont aussi pour nous, peuple de Dieu, une portée qui doit nous interpeller.


Nous pouvons, en effet, en lisant les nouvelles de la Mission Portes Ouvertes ou d’autres œuvres qui travaillent à relayer les informations sur l’Eglise persécutée, lire ces choses comme des faits assez distants de nous. Les souffrances de nos frères et sœurs en Christ en Asie, dans les pays musulmans ou en Amérique latine, certes, nous concernent, mais cela reste pour nous une cause de tristesse finalement assez lointaine. Jésus voudrait nous amener ici à comprendre qu’il ne doit pas en être ainsi.


Car, dit-Il, il se passe avec la persécution la même chose que ce qui se produit avec l’amour : Matthieu 25,31 à 37. Chaque fois, montre ici Jésus, que l’un d’entre nous fait du bien, de manière pratique, à l’un de ses frères dans la foi, c’est à Lui qu’Il le fait. De même, chaque fois que, dans le monde, un disciple du Christ souffre par la persécution, l’humiliation, les coups, c’est en fait le Christ Lui-même qui est frappé, emprisonné, humilié. Si cette prise de conscience a arrêté Saul dans sa haine contre les chrétiens, elle devrait pour notre part nous amener, plus que n’importe quel autre argument, à nous sentir inévitablement concerné par la persécution.

A quoi, pour nous la rendre sensible, pourrions-nous comparer la persécution des chrétiens dans le monde ? Je m’appelle Georgel (vous pouvez mettre votre nom). Imaginons que, en tant que tel, je sois le père de multiples enfants portant mon nom, enfants qui sont dispersés un peu partout dans le monde. Or, voilà que j’apprends soudainement qu’en de multiples endroits, les autorités de certains états ont décidé de s’en prendre aux Georgel. C’est décidé : tous les Georgel doivent être arrêtés, emprisonnés ou pour certains même, exécutés ! Dirais-je que, parce que ces choses ne se passent pas là où je suis, elles ne me concernent pas ? Non, bien sûr ! Les Georgel sont la chair de ma chair. Toucher à l’un d’entre eux, le blesser, c’est obligatoirement me toucher et me blesser, moi. Ce que, de manière imparfaite, j’illustre ici est exactement ce qu’en réalité le Christ vit chaque fois que l’un de ses plus petits souffrent quelque part dans le monde à cause de Son nom !


C’est donc en premier lieu parce que c’est au Christ, notre bien-aimé Seigneur, Lui-même que l’on s’en prend, que les souffrances de l’Eglise persécutée dans le monde nous concernent tous !


2ème question : Que peut m’apprendre, à moi qui suis libre, la somme de souffrances que peut connaître l’Eglise persécutée ? Au moins deux choses :


1. la 1ère chose est ce que j’ai déjà dit en introduction. Les souffrances qu’endurent nos frères et sœurs persécutés dans le monde nous rappellent à chaque instant qu’en devenant disciples du Christ, nous avons choisi de suivre un Maître qui a été couronné d’épines et crucifié.


« Souvenez-vous, dit Jésus à Ses disciples, de la parole que Je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ! : Jean 15,20.


Envisager la persécution, non seulement comme probable, mais comme certaine, doit faire partie des probabilités auxquelles tout chrétien doit être prêt, cette éventualité ayant été clairement incluse dans le contrat que le Christ a signé avec nous lorsque nous nous sommes mis à sa Suite !


2. la seconde chose est que les souffrances, parfois intenses, et le prix élevé que certains de nos frères et sœurs payent dans le monde pour le simple fait de se déclarer pour Christ, devraient nous amener à minimiser et à relativiser les petites discriminations que nous pouvons vivre dans nos pays libres à cause de Lui.


Alors que le prophète Jérémie se plaignait de son sort, l’Eternel lui fit parvenir ce message : « Si tu cours avec des piétons et qu’ils te fatiguent, comment pourras-tu lutter avec des chevaux ? Et si tu ne te crois en sûreté que dans une contrée paisible, que feras-tu sur les rives orgueilleuses du Jourdain ? Jérémie 12,5


Dit avec d’autres mots, le message du Seigneur est clair : Jérémie, cesse de te plaindre ! Tu es loin d’avoir tout vu ! Si tu ne supportes pas les contrariétés et les désagréments que tu connais aujourd’hui, qu’en sera-t-il lorsque les choses vont s’empirer ?


Si nous ne connaissons pas encore la persécution, un moyen nous est donné d’apprendre à nous préparer pour le jour où elle arrivera. Ce moyen consiste à apprendre dès aujourd’hui, au lieu de nous plaindre, à apprendre à vivre dans le contentement, en nous réjouissant de ce que nous avons en Christ !


« C’est une grande source de profit, dit Paul, que la piété, si l’on se contente de ce que l’on a. Car nous n’avons rien apporté dans le monde, comme d’ailleurs nous n’en pouvons rien emporter. Si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira : 1 Tim 6,6 à 8. »


« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! dit Paul aux philippiens depuis sa prison : Phil 4,4. » En d’autres mots, Paul nous dit : N’attendez pas de recevoir des autres ou des circonstances, ce dont vous avez besoin pour être dans la joie. Il y a en Christ toutes les ressources dont vous avez besoin pour cela ! Vivre déjà aujourd’hui de Christ, au sein de la facilité et de l’abondance, est la meilleure préparation pour apprendre à vivre de Christ demain au milieu du dénuement et de la solitude.

3ème question : En quoi, moi qui n’ait pas aujourd’hui à faire directement face à la persécution, m’oblige-t-elle ?


Des multiples réponses possibles à cette question, j’aimerais en retenir deux :


1. la 1ère a été énoncée par Jésus Lui-même : Matthieu 5,43 à 48


Tout l’objectif du sermon de Jésus sur la montagne, duquel sont tirées ces paroles, vise une seule chose : amener Ses disciples à comprendre que, désormais, ce n’est plus la loi ou l’enseignement des maîtres juifs qui fixent les normes futures de leur conduite, mais ce que Lui-même dit. Alors que, dans le passé, on avait enseigné aux juifs d’aimer leur prochain, mais de haïr leurs ennemis, jésus dit que, désormais pour eus, la règle est changée. Ce qu’il convient de faire à un disciple de Christ face à un ennemi, c’est de L’aimer, et face à ceux qui le persécutent, c’est de prier pour eux !


Il est intéressant de noter ici que, alors que spontanément nous nous sentons portés à prier pour ceux qui sont persécutés, c’est vers les persécuteurs que, spontanément, la pensée de Jésus se porte lorsqu’Il pense à la prière dans une situation de persécution. On pourrait croire, en entendant Jésus, que Celui-ci semble fort peu se préoccuper de la situation de ceux qui souffrent. Prier pour les persécuteurs, oui, certes ! Mais n’est-ce pas d’abord ceux qui sont persécutés qui ont besoin de nos prières ?


Même si elle en a l’apparence, la prière de Jésus ne contredit pas la prière faite pour ceux qui souffrent pour leur foi. Elle en modifie seulement la priorité. Pour Jésus en effet, la persécution à laquelle ont à faire face Ses disciples, ne peut s’arrêter que d’une seule manière : c’est que le cœur et la conscience des persécuteurs soient touchés par l’Esprit de Dieu (la conversion de Saul de Tarse en est l’exemple le plus frappant). Aussi, pensant à Ses disciples qui souffrent, c’est vers cette priorité que Jésus nous appelle à regarder lorsque nous intercédons pour nos frères.


La priorité donnée par Jésus dans la prière valide ainsi les grands mouvements de prière lancés par les missions chrétiennes engagées dans le soutien à l’Eglise persécutée : 7 ans pour la Russie, prière pour la Corée du Nord, les chrétiens dans les pays musulmans… avec les résultats que l’on sait déjà (voir le témoignage de Frère André sur l’époque de la chute du mur en 1989, comme celle de Ceaucescu en Roumanie).


Dans le bulletin de PO de ce mois, une phrase, confirmant la justesse de vue de Jésus sur la priorité donnée à la prière, dit ceci : « Dans leurs prières, les chrétiens persécutés ne demandent pas d’être moins persécutés, mais de rester fermes dans la foi et d’agir avec courage et sagesse. » Autrement dit, la prière des chrétiens n’est pas d’abord la fin de leurs souffrances, mais la puissance de leur témoignage auprès de leurs persécuteurs, ce qui va dans le sens de l’action menée par l’Esprit de Dieu pour les atteindre !


2. la seconde se lit en Hébreux 13,3 : c’est la compassion


Cette compassion devrait nous être d’autant plus facile que, ayant un corps et un cœur comme nos frères et sœurs qui souffrent, nous pouvons aisément nous projeter dans leur situation. C’est le fait de nous mettre à leur place, dans la peau de ceux qui souffrent pour Christ, qui peut nous inspirer les actions qu’à notre niveau nous pouvons mener pour les soulager ou améliorer un tant soit peu leur sort : soutenir des actions menées en leur faveur auprès des autorités, leur écrire…


Je dois confesser pour ma part que j’ai loin d’avoir fait dans ce domaine tout ce qu’il était possible de faire. Si ce culte peut nous amener à une plus grande prise de conscience à ce niveau, il aura atteint son but.

lundi 26 octobre 2009

Apocalypse 3,1 à 6 : réputée vivante, mais presque morte

Lettre à l'Eglise de Sardes

1. Introduction :




Après Ephèse (l’Eglise en péril de perdre son premier amour), Smyrne (l’Eglise qui passe au creuset de la souffrance et de la persécution), Pergame (l’Eglise qui s’ouvre au mélange doctrinal), Thyatire (l’Eglise dirigée par une fausse prophétesse) c’est à Sardes que le Seigneur nous emmène ce matin dans ce tour d’horizon qu’il fait des églises qui se trouvent dans la province d’Asie (l’actuelle Turquie).



Ce qui frappe immédiatement, lorsqu’on lit la lettre adressée à cette église, c’est le contraste que l’on peut y voir avec les deux églises citées avant elle. Alors qu’une certaine continuité existe entre Pergame et Thyatire (l’introduction du mélange et la prise de pouvoir par une fausse prophétesse), il y a, avec Sardes, une rupture flagrante avec ce qu’on pourrait appeler l’infiltration du levain de l’erreur et de l’hérésie dans l’Eglise.



Si Sardes reçoit aussi de la part du Seigneur certains reproches, aucun d’entre eux n’est lié au fait que, sur le plan théologique, ce que professe ou ce que pratique l’Eglise de Sardes ne serait faux ou entaché d’erreur. Tout, au contraire, sur le plan de la pratique comme du message annoncé, semble juste. Pourtant, comme nous allons le voir, le diagnostic fait sur l’église de Sardes par le Grand Docteur qu’est Jésus, notre Seigneur, sera l’un des plus alarmants qui soit. Sardes a beau être en apparence en meilleure santé que ses sœurs, ceci n’est vrai que si l’on regarde la surface des choses. En réalité, au plus profond d’elle-même, elle est peut-être plus en danger encore et plus près de la mort que les autres.



Qu’est-ce qui fait qu’une église, en apparente bonne santé, est en fait malade au point d’être prête à mourir ? Que faut-il pour que, au-delà de la surface et des apparences, une église reste vivante et continue à faire preuve, avec le temps qui passe, d’énergie, de vitalité ? C’est ce à quoi on va essayer de réfléchir ce matin

2. Sardes : un peu d’histoire



Si c’est à l’église de Sardes que le Seigneur dit qu’elle passe pour être vivante alors qu’elle est morte, ce n’est pas sans lien avec l’histoire de la ville où elle se situe. En effet, à l’heure où Jean écrit, Sardes, ville autrefois réputée et célèbre, n’est plus qu’une cité sans importance qui, peut-être comme la ville de Guise, dans l’Aisne, n’a de rayonnement dans le monde qu’à cause de son passé.



Construite sur un plateau et bordée par le fleuve Pactole, la ville de Sardes possédait un double privilège dont, je suis sûr, auraient bien voulu jouir d’autres cités :




- le 1er privilège est qu’elle était une ville réputée imprenable. Placée en hauteur, Sardes était protégée de 3 côtés par des gorges profondes, inaccessibles. On ne pouvait y accéder donc que par un côté, et par un chemin très escarpé. Par sa position géographique, Sardes pouvait se vanter d'être pratiquement imprenable ou invulnérable. En Grèce, « prendre l’acropole de Sardes » était une expression proverbiale signifiant : tenter quelque chose d’impossible



En l’an 546 av J-C, le roi Cyrus de Perse réussit pourtant à s’emparer de Sardes. Ayant promis une récompense spéciale à celui qui, dans son armée, trouverait le moyen de vaincre la forteresse, il se trouva un jour qu’un soldat de la troupe vit une sentinelle de Sardes perdre son casque en se penchant au-dessus du rempart. La sentinelle quitta alors son poste et, le plus discrètement possible, descendit par les rochers, récupéra son casque, et remonta par le même chemin escarpé dans la forteresse. Hyeroeades, le soldat de Cyrus, observant la sentinelle, prit soigneusement note de son parcours. La même nuit, avec quelques amis courageux, il entreprit de monter vers la forteresse par le chemin emprunté par la sentinelle. Arrivé en haut, il découvrit que le côté par lequel il était monté paraissait si sûr pour les habitants de la ville qu’il n’était même par gardé. C’est ainsi que Sardes fut prise par le seul point faible de sa défense



Le caractère réputé imprenable de la ville de Sardes : tel était le premier privilège de sa réputation ! Il n’était pas le seul !



- Mise à part sa position géographique, Sardes devait sa réputation à une autre chose : sa grande richesse. Cette richesse était due à une découverte surprenante. Alors qu’il régnait à Sardes, une légende rapporte que le roi Crésus aurait un jour trouvé, dans le ruisseau nommé Pactole qui baignait Sardes, des paillettes d’or. On aurait aussi trouvé, dans les environs de la ville, une pierre précieuses d’une grande beauté, la sardoine. Crésus, Pactole, la sardoine, tous ces noms qui aujourd’hui, résonnent encore à nos oreilles comme synonymes de richesses, viennent de Sardes.



Forteresse imprenable, à cause de sa position élevée, et grande richesse : tel était le double privilège qui, dans les temps anciens, faisait la réputation de la ville de Sardes. Tel est aussi, d’une manière figurée et spirituelle, ce qui faisait peut-être à l’extérieur, à cause de son attachement aux vérités et à la saine doctrine de la Parole, la réputation de l’église de Sardes : une église parfaite !



Mais suffit-il pour une église d’avoir une doctrine juste ou de croire juste pour être, aux yeux de Dieu et du Christ, une église juste ? Non ! dit ici le Seigneur qui, je le rappelle, en termes de diagnostic, est le mieux placé pour évaluer les forces, les faiblesses et l’état de santé réel d’une communauté. Alors qu’en apparence tout semblait aller, que manquait-il à l’église de Sardes au point, dit le Seigneur, que cette église soit au bord de la mort ? C’est ce que nous allons essayer de voir et de comprendre maintenant !



3. Sardes : Une église sur le point de mourir



Comme il en est dans les autres lettres que le Seigneur a adressé aux églises, nous n’avons pas besoin d’aller loin pour chercher les remèdes qui sont nécessaires à appliquer à Sardes pour que cette église retrouve sa vitalité. Car si Sardes est sur le point de mourir, c’est que, jadis, elle était vivante, et bien vivante. Il lui suffit donc, comme Jésus le dit ici de revenir à ce qu'elle a reçu et entendu au départ, c’est-à-dire de retourner à ce qui, au début de son existence, a été à la source de sa vie pour vivre à nouveau !



1er élément : il se trouve dans le titre sous lequel Jésus se présente à l’église de Sardes : Voici ce que dit Celui qui a les sept esprits de Dieu (ou, comme le traduit Parole Vivante, celui qui a l’Esprit dans sa plénitude)…



Le 1er élément que le Seigneur souligne est que ce qui fait qu’une église est vivante ou non n’est pas d’abord la justesse de sa doctrine, mais le fait que cette église vit et est animée par l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu, nous le savons, est le souffle de Dieu. Or, de même qu’un corps sans souffle est mort, une église dans laquelle l’Esprit de Dieu n’agit plus est morte. Un mort, en apparence, peut effectivement ressembler à un vivant ! Mais s’il a tous les aspects du vivant, il y a cependant une chose fondamentale qui lui manque. Et cette seule chose suffit à faire la différence entre lui et le vivant : c’est le souffle.



Qu’est-ce qui fait, avec le temps, qu’une église ayant commencé à vivre par l’Esprit, en vienne ensuite à le perdre ou, en quelque sorte, à en manquer, au point que son existence même soit en danger ? La Bible donne essentiellement à cette question une réponse :



Galates 3,1 à 5 : la perte ou l’extinction de la vie de l’Esprit chez les Galates tenait à une seule chose (et le problème des galates devait être à peu de choses près le même que celui des chrétiens de Sardes) : au retour à une vie marquée par les efforts propres, les efforts de la chair, pour essayer de vivre à la hauteur des exigences de Dieu.



Après avoir commencé leur vie nouvelle par l’Esprit de Dieu, les galates, sous l’influence de faux docteurs, étaient en quelque sorte retournés en arrière : comme les juifs de l’Ancien Testament, tous leurs efforts pour plaire à Dieu étaient de nouveau basés sur l’obéissance à des rites et à des règles, par lesquels ils cherchaient à apaiser leurs consciences.



Qu’est-ce que la vie chrétienne ? S’il faut lui trouver un contraire, nous pourrions dire que ce qui lui est le plus opposé et qui, paradoxalement, lui ressemble le plus (comme un mort peut ressembler à un vivant), est la vie religieuse Car, tandis que l’une, la vie chrétienne, a pour moteur l’amour pour Dieu, celui que communique justement l’Esprit de Dieu, l’autre (la vie religieuse) a pour seule raison la crainte de Dieu (dans le sens le plus négatif qui soit) : cf Rom 8,15



Questions : qu’est-ce qui chaque jour te motive à chercher à plaire à Dieu ? A fuir le péché ? A prendre du temps avec Dieu pour lire ta Bible, prier ? De la réponse à cette question sort la révélation de ce qui est le moteur de ta vie chrétienne : la chair ou l’Esprit ! Si ce que tu fais ici est uniquement dû à la crainte, la crainte de déplaire aux autres, la crainte de ne pas être béni, alors je dois te dire que ce n’est pas par l’Esprit de Dieu, mais par la chair que tu essayes de Lui rendre un culte. Tous tes efforts faits dans cet esprit là sont inutiles. Ils ne peuvent à terme ne t’amener qu’à une seule chose : l’épuisement spirituel, la mort.



Si par contre ce qui te motive est la soif de Dieu, la faim de Sa parole, le désir de Le connaître pour mieux Le servir et être un meilleur témoin de Lui dans ce monde, alors réjouis-toi : tu es sur la bonne voie, ta vie est animée par la bonne motivation, celle que l’Esprit de Dieu seule peut produire dans un cœur d’homme pécheur.



4. Les 4 différences entre le mort et le vivant



Si le souffle est la différence principale entre le mort et le vivant, il y en a d’autres qui sont, eux aussi, manifestes



- la 1ère est le désir : alors que le vivant a faim ou soif, le mort, lui, n’éprouve plus aucun besoin. N’ayant plus la vie en lui, il ne ressent ni le besoin de se nourrir, ni celui de se désaltérer. Si aucune faim, ni aucune soif spirituelle ne vit en moi, je peux peut-être avoir la réputation d’être vivant ; en réalité, je suis mort !



- la seconde est la respiration que l’on peut comparer ici à la prière. Quelle place occupe la prière dans votre vie ? En disant cela je ne demande pas combien de temps vous passez dans la prière : les hommes de toutes religions prient ! Ce que je veux dire est : est-ce que la prière, comme la respiration, est un réflexe dans votre vie, un réflexe conditionné ! « Seigneur, je vais à mon travail ce matin : aide-moi, sois avec moi. Je dois rencontrer telle personne après-midi, résoudre tel problème : accompagne-moi, inspire-moi ! » Telle est la vie de prière inspirée par l’Esprit. Elle n’est pas un devoir à accomplir, mais l’expression de notre sentiment de dépendance permanente de Dieu pour bien vivre et réussir ce que nous entreprenons.



- La 3ème est la parole. S’il y a bien une chose qui sépare le monde des vivants de celui des morts, c’est la communication. Alors que le mort est silencieux pour toujours, le vivant parle et partage ses émotions et ses pensées. Une preuve manifeste que l’Esprit de Dieu vit et agit en nous, disent les apôtres, est que nous ne pouvons pas nous taire. C’est plus fort que nous : il nous faut, quand nous en avons l’occasion ou pas, parler de Jésus, notre Bien-aimé



« J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé, dit Paul en 2 Cor 4,13. « Est-il juste au regard de Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu ? demandèrent les apôtres aux membres du sanhédrin qui voulait leur interdire de témoigner de Jésus. A vous d’en juger, car nous, nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu : Actes 4,19-20. »



Une autre différence liée à la communication est la pratique du chant. Alors que les mots sont silencieux, c’est par le chant que les vivants expriment leur joie. La vie remplie de l’Esprit est inséparable du chant : Ephés 5,18-19.



- La 4ème différence entre le mort et le vivant est le mouvement. Alors que le mort est inerte, inactif, incapable de servir son prochain, le vivant, lui, est constamment habité par de nouveaux projets.



Notons que si, à Sardes, le Seigneur relève que certaines œuvres étaient pratiquées, il y a une différence fondamentale entre les œuvres que pratique celui qui vit sous une loi et celui qui est animé par l’Esprit de Dieu. Cette différence est que celui qui est conduit par l’Esprit de Dieu ne se contentera pas de faire pour faire, mais il aura le souci réel de servir Dieu et les autres tout en faisant : Actes 6,3. La Bible n’exigeait pas seulement de ceux qui prêchaient qu’ils soient remplis de l’Esprit, mais aussi de ceux qui servaient aux tables !



5. Le syndrome de Sardes :



Si Sardes, de vivante qu’elle était, est devenue morte, il y a là un avertissement pour nous. Ce qui est arrivé à Sardes peut aussi nous arriver. L’histoire montre que, dans le monde protestant particulièrement, monde construit comme Sardes sur une doctrine juste, le syndrome de Sardes a affecté beaucoup d’églises : en témoigne les ruines de centaines de temples autrefois pleins et devenus vides.



Qu’est ce qui ne va pas ou n’est pas allé ? Je laisse la parole à Alain Monclair, un frère dont j’ai lu sur Intenet une prédication sur le sujet :



« En général, nous sommes tous vigilants lors de nos premiers pas avec le Seigneur, mais il arrive un moment où les automatismes peuvent nous donner une fausse assurance. C’est pourquoi le Seigneur nous invite à nous souvenir de nos premiers pas dans la foi, dans la foi qui découle de l’écoute de Sa Parole. Il nous invite à vivre notre vie entière dans cette attitude initiale. Les chrétiens de Thessalonique furent des modèles à cet égard : “ C’est pourquoi nous rendons continuellement grâces à Dieu de ce qu’en recevant la parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la parole de Dieu, qui agit en vous qui croyez. ” (1 Thessaloniciens 2:13 NEG).



Entrer dans la vie chrétienne ce n’est pas recommencer sa vie, c’est recevoir une nouvelle vie. Cette vie nouvelle c’est Jésus lui-même, on le reçoit le jour de notre conversion et on demeure en Lui et Lui en nous chaque jour de notre vie nouvelle : “ Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus–Christ, marchez en lui, ” (Colossiens 2:6 NEG).

La lettre aux Hébreux nous met également en garde contre le danger de ne pas continuer à marcher selon les principes de vie que nous avons découvert à la conversion : “ Car nous sommes devenus participants de Christ, pourvu que nous retenions fermement jusqu’à la fin l’assurance que nous avions au commencement. ” (Hébreux 3:14 NEG)



Nous sommes appelés à vivre continuellement dans le Seigneur, par le Saint-Esprit et à l’écoute de sa Parole. Le temps qui passe ne doit pas émousser ce principe vital. Mais nos critères de vie ne doivent pas être légalistes, ils doivent reposer sur une relation vécue avec Jésus-Christ par l’Esprit.



Un jour Jésus reviendra, c’est une certitude pour le chrétien. La seule chose qui nous est inconnue, c’est le moment auquel Il reviendra. Nous devons donc être prêts à l’accueillir en Roi de gloire comme nous l’avons accueilli en Sauveur à notre conversion. Le Seigneur n’est pas un voleur, mais si nous ne sommes pas vigilants dans notre attente nous risquons de considérer Sa venue comme une intrusion dans notre vie et une mauvaise surprise ! Par contre, si nous l’attendons, Sa venue sera une agréable et merveilleuse surprise. On imagine mal dire au Seigneur de repasser plus tard parce que nous ne serions pas prêts à apprécier sa venue! Veillons donc à l’accueillir avec autant d’empressement que lors de notre conversion. »



6. Conclusion :



Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet de la mort et de la vie d’une église. Ce que je veux retenir en conclusion, ce sont les enseignements qui découlent de l’avertissement donné par le Seigneur à Sardes :



- 1er enseignement : le Seigneur aime l’église de Sardes. Loin de souhaiter la voir disparaître, Il n’aspire qu’à une seule chose : la faire revivre, lui redonner l’élan, la vitalité, l’enthousiasme qui l’habitait lors de sa naissance. Il nous est toujours possible de revenir à Dieu pour goûter à nouveau la joie qui était celle de nos premiers jours avec Lui



- 2ème enseignement : même si la majorité des membres de l’église de Sardes est dans la mort, Dieu connaît ceux sur qui Il peux encore compter en son sein pour la faire revivre. Ce sont ceux qui n’ont pas souillé leurs vêtements au travers de l’éloignement de Dieu, mais qui ont vécu dans la lumière et se sont laissés purifiés par le sang de Christ : 1 Jean 1,9



- 3ème enseignement : nous pouvons en apparence au sein d’une même église nous ressembler, passer pour être vivant alors que nous sommes morts. Mais le jour vient où nous ne pourrons plus tromper notre monde. Ce jour est celui du retour du Seigneur. Alors seront avec Lui ceux qui, authentiquement, auront été habités et animés par la Vie qui était en Lui !



Que Dieu nous garde de nous satisfaire de faire partie d’une église juste, fondée sur la bonne doctrine, mais qu’Il nous donne et nous accorde chaque jour d’être habité par une vraie motivation à Le suivre et Le servir !

Les démons croient, ils ont la juste doctrine, mais ils tremblent : Jacques 2,19

dimanche 11 octobre 2009

1 Pierre 2,11-12 : Etat de guerre

1. Introduction :




Nous avons vu, lors de notre précédente réflexion sur ce texte, quelle double condition était la nôtre dans ce monde. Nous sommes, dit Pierre, en tant que chrétiens dans ce monde, à la fois des étrangers et des voyageurs ou des pèlerins. Si nous sommes appelés à vivre dans ce monde, Jésus nous a clairement dit que, sur le plan spirituel, déjà, nous n’en faisions plus partie. Notre vraie patrie comme notre cité finale n’est pas dans ce monde. Elle est au ciel, là où Dieu réside et là où Jésus nous a préparé une place afin, dit-Il, que là où Il est, au jour de Son retour, nous soyons aussi : Jean 14,1 à 3.



Vivant dans ce monde comme des étrangers, nous pourrions penser que le plus grand danger qui nous menace vienne de l’extérieur : exemples : les autorités politiques ou religieuses qui nous sont hostiles, le spectacle navrant que nous offre chaque jour la corruption qui est dans le monde : immoralité, mensonges, violence… Curieusement, quoi que parlant de nous comme des étrangers et des voyageurs dans le monde, ce n’est pas vers cette direction que se porte l’avertissement de Pierre. Certes, nous vivons dans un monde agressif, corrompu et dangereux pour nous. Mais, dit Pierre ici, la plus grande menace qui pèse sur la vie du chrétien n’a pas sa source hors de lui (à l’extérieur), mais en lui (à l’intérieur même de son être). Le péril qui peut nous amener à abandonner le Seigneur, quitter la foi et retourner dans notre vie passée, nous dit ici Pierre, (et l’expérience le confirme largement) vient beaucoup plus de ce qui se passe en secret, à l’intérieur de nous-mêmes et au plus profond de notre vie, que de ce qui vient sur nous de l’extérieur.



Deux exemples du NT sont là pour nous le montrer :



a. Alors que Paul était à Athènes, il a appris que les chrétiens de Thessalonique passaient par une forte persécution. Aussitôt se levèrent dans son cœur de vives inquiétudes pour eux. Les jeunes chrétiens de Thessalonique allaient-ils tenir ferme ? N’y tenant plus, Paul va envoyer Timothée, son fidèle collaborateur sur place pour voir ce qu’il en était . Récit : 1 Thes 3,5 à 8. La persécution n’a pas renversé la foi des thessaloniciens, elle l’a plutôt affermie.



b. Tout autre en sera-t-il pour Démas, un collaborateur de Paul. Après avoir été un de ses compagnons pendant un certain temps, 2 Tim 4,10 nous apprend que Démas a abandonné l’apôtre, non parce que le combat ou l’opposition rencontrée étaient trop difficiles, mais, à cause de son amour pour le siècle présent (pour les choses de ce monde)



Deux exemples qui confirment l’intuition de Pierre : le véritable danger auquel sont exposés les croyants dans leur attachement à Dieu ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur de leur être. Ou dit avec d’autres mots, Pierre enseigne que, en tant que chrétiens, nous sommes plus en danger dans nos âmes en flirtant avec le péché qu’en étant exposé à une opposition même violente à notre foi !



En disant cela, rappelons que Pierre n’innove pas. Il ne fait que reprendre l’enseignement des Evangiles donné par Jésus lui-même à ses disciples ; « Ecoutez-Moi bien et comprenez, disait Jésus. Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille… Car c’est du dedans, du cœur des gens, que sortent les mauvaises pensées : inconduites sexuelles, vols, meurtres, adultères, avidités, méchancetés, ruse, débauche regard mauvais, calomnie, orgueil folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et souillent l’être humain : Marc 7,15.20 à 23.



Comment comprendre ce danger qui nous guette de l’intérieur ? Et quelles armes avons-nous pour nous y prémunir ? C’est ce que nous allons essayer de voir maintenant !



2. Convoitise : les grandes manœuvres :



Ayant défini le lieu à partir duquel pouvait se lever le péril le plus grand pour notre âme (à l’intérieur de nous-mêmes), vient maintenant le moment d’identifier, de donner un nom à ce péril. Pierre le fait ici et le désigne sous un nom qui, dans les versions françaises de la Bible, a été traduit de deux manières : les convoitises charnelles ou les désirs de la chair



a. Clarification sur le sujet :



1ère chose qu’il nous faut dire sur le sujet est que, comme le Saint-Esprit, qui habite en nous et que Dieu nous a donné, fonctionne par le désir, de même en est-il de la chair. Si la Bible nous dit que la chair a une volonté, il nous faut savoir que c’est essentiellement par l’éveil du désir, ou de la convoitise, que cette volonté se met en route : Gal 5,16-17



Jacques 1,13 à 15 nous décrit le processus exact par lequel la tentation devient péché. En accord avec Pierre et Paul, Jacques nous dit clairement que le point de départ de tout péché se situe toujours au niveau de l’éveil du désir ou de la convoitise. Le désir éveillé, une 2ème étape doit cependant être franchie pour aller vers le péché. Bien qu’il ne faille pas jouer avec cette vérité, tant qu’il n’y a que le désir qui soit éveillé, le pas le plus important qui mène au péché n’est pas encore franchi.



Ce pas, nous dit Jacques, se produit lorsque le désir peut concevoir. Or qui dit conception dit obligatoirement union, je dirais même fusion entre deux parties. Cette fusion qui conduit à l’enfantement du péché nécessite toujours l’accord ou l’union du même couple : celui du désir et de la volonté. Ce n’est que lorsque le désir trouve en nous une volonté consentante qu’il trouve les moyens de réaliser son projet : enfanter en nous le péché. Le péché une fois consommé, il se produit toujours en nous ce qui s’est produit pour le premier péché : la mort :



- mort soudaine de notre vie spirituelle (mort = séparation). Ce sont vos péchés qui mettent une séparation (une mort) entre Dieu et vous : Esaïe 59,2

- mort soudaine de la relation de paix et de confiance qui existait entre nous et notre prochain



Quel que soit l’angle sous lequel on regarde la chose, on verra que, toujours, la mort (la séparation) accompagne inévitablement le péché. Le processus décrit par Jacques est exactement celui suivi par Eve lors de la tentation : Genèse 3,6 : la femme vit que l’arbre était bon à manger (éveil du désir)… Elle en prit : fusion de la volonté et du désir… elle en mangea : consommation du péché qui, plus tard, va conduire à la mort : v 7 et 8 : conscience de leur nudité, peur et fuite…



La chair fonctionnant comme l’Esprit, c’est-à-dire à partir du désir, une première question qu’il convient de se poser, face au péril que celui-ci représente pour notre vie, est la suivante : de quelle nature est dans ma vie, mon être, le désir qui peux le plus facilement me conduire au péché ? Autrement dit, dans quel domaine suis-je le plus facilement vulnérable, réceptif à l’appel de la tentation ?



Si pour les uns (les hommes en particulier) ce domaine est souvent celui de la sensualité, on aurait tort de le limiter à ce seul sujet. « Bien que le diable ne puisse pas connaître les pensées des hommes, dit Thomas Watson, il connaît leur tempérament, et il amorce ses tentations en conséquence. »



Pour les uns, la tentation se présentera sous la forme :



- de l’indépendance d’esprit : je veux être libre de faire ce que je veux. Je veux moi-même gérer le petit royaume de ma vie, sans avoir à en rendre compte à quiconque

- de l’ambition ou de la recherche du pouvoir : l’orgueil, le désir d’épater ou de dominer les autres par ses titres, son savoir, ses capacités qu’elles soient physiques, mentales ou de tout autre ordre

- du désir de plaire ou de séduire à tout prix, un désir qui peux pousser certains à un culte inconsidéré du corps et de la beauté (le mensonge des régimes)

- du matérialisme et de l’amour de l’argent qui pousse les uns à devenir les pires avares qui soient, et les autres à une acquisition inconsidérée de toutes sortes de biens.

- du laisser aller, de la paresse qui fait que l’on tourne tellement autour de soi que c’est finalement sur les autres que l’on fait reposer toute la charge de la responsabilité de sa vie



Quoi qu’il en soit, souvenons-nous en : il y a en chacun de nous un désir particulier par lequel le Malin sait, en y faisant appel, qu’il trouvera un écho favorable. A nous de l’identifier clairement car c’est là que se trouve pour nous la première étape vers la liberté !



Note : je tiens à préciser ici que, dans cette analyse du désir, il ne faut jamais confondre désir de la chair et désir du corps :



- le fait d’avoir faim n’est pas en soi un désir mauvais. C’est le fait de ne pas contrôler son appétit (la gloutonnerie) qui le devient.

- De même, il faut le redire, le fait d’avoir des désirs d’ordre sexuel n’est pas non plus un péché. Ce n’est que lorsque leur manifestation est contraire à la volonté de Dieu qu’ils le deviennent !



Rappelons-nous aussi, comme le montre l’exemple d’Eve, que la logique du désir repose toujours sur l’idée de ce qui est bon ou mauvais pour nous immédiatement : c’est une tromperie « La femme vit que l’arbre était bon à manger… Or ce qui peut nous paraître bon n’est pas obligatoirement ce qui est juste ; et ce qui peut nous sembler mauvais n’est pas forcément ce qui nous est contre indiqué. La chair a tellement déformé en nous le sens des réalités qu’il nous faut toute une nouvelle éducation pour corriger ses mensonges !



b) la prise du QG qu’est notre âme



Le désir (ou la convoitise) étant l’arme de la tentation, quelle est sa cible ? Pierre nous le dit ici. Cette cible visée par le désir, nous dit Pierre, est notre âme, en grec, notre psyché.



Qu’est-ce que l’âme ? S’il fallait lui donner une définition, on pourrait dire que l’âme est en vous ce qu’est pour une armée le Quartier Général (QG), le centre de commandement. L’âme est ainsi en vous le lieu où se prend toutes les décisions, décisions qui, ensuite, se traduisent par les actes et le comportement que vous adoptez.



Pour que le désir donne naissance au péché, nous avons vu tout à l’heure qu’il était nécessaire que se produise une conception, une fusion entre le désir et la volonté.



Or c’est là tout le jeu subtil de la tentation : nous amener, comme Satan l’a fait pour Eve, par la pression du raisonnement et/ou des sentiments à adhérer à ce que le désir a éveillé en nous. En effet, bien qu’étant l’élément le plus important, celui qui décide, la volonté n’est pas le seul occupant de l’âme. La volonté vit en permanence en lien avec deux conseillers qui sont les sentiments et la raison.



Aussi, ne pouvant directement atteindre la volonté, c’est sur la raison et les sentiments qu’en premier le désir (la convoitise) va concentrer ses attaques. La façon avec laquelle Satan a procédé pour amener Eve à chuter en est la démonstration :



1ère attaque : celle de la raison : Dieu a-t-il réellement dit ? Genèse 3,1. Satan pose une question qui, inévitablement, enclenche chez Eve un raisonnement. La porte de la raison entrouverte, Satan vise le 2ème conseiller d’Eve : les sentiments



2ème attaque : le ressenti : la femme vit que l’arbre était bon à manger, plaisant à la vue, désirable pour le discernement



Les deux conseillers gagnés, Satan sait qu’il ne lui faudra plus longtemps pour gagner la partie !



3. Guerre et armes de guerre :



Ce jeu subtil de la tentation, rappelons-nous enfin, comme le dit aussi Pierre ici, que ce n’est pas une fois ou deux par semaine que nous y sommes confrontés, mais de manière permanente. C’est le terme de guerre qui, selon Pierre, convient le mieux, pour décrire la réalité du combat auquel à a faire notre âme.



Or, nous le savons, il existe toutes sortes de guerre :



- Des guerres massives où le harcèlement et le bombardement est intensif

- Des guerres froides où, bien que l’ennemi n’attaque pas directement de front, la menace est toujours là

- Des guerres d’usure dans lesquelles on travaille constamment à affaiblir les défenses de l’autre



Quelles sont nos armes ? Il me reste trop peu de temps pour développer en profondeur ce point. Aussi vais-je juste rapidement en citer quelques-unes espérant qu’on ait une autre fois l’occasion d’y revenir :



1ère arme : la vigilance : Veillez et priez afin que vous ne tombiez pas dans la tentation : Mat 26,41



Nous devons, en tant que chrétiens, développer un esprit de sentinelle. Ceux qui s’occupent d’abeilles le savent ! Aucun étranger à la ruche ne peux y pénétrer sans être reconnu par les sentinelles qui en gardent l’entrée. Nous devons, à l’égard des désirs et des pensées qui nous assaillent, agir de la même façon en procédant à leur identification.



Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Si vos intentons sont étrangères à la vie du Royaume de Dieu, vous n’avez ici aucun droit d’entrée !



2ème arme : le Saint-Esprit ! La chair, dit Paul, a des désirs contraires à ceux de l’Esprit et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair. Ils sont opposés entre eux afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez : Gal 5,17



Face à la crainte de la tentation, on peut réagir de deux manières : soit l’on s’entoure de lois et d’interdits de plus en plus nombreux qui, sans que l’on s’en rende compte, nous conduisent à vivre de plus en plus dans un monde clôt et protégé. C’est une solution. Soit on fait confiance en nous au ministère du Saint-Esprit qui, par sa puissance, est capable à Lui seul de nous mettre si mal à l’aise quand nous nous orientons vers le chemin du péché que cela vaut, à lui seul, mille leçons sur le sujet !



« La tentation ne peut être vaincue par la volonté. Même si nous sommes assez forts en nous-mêmes pour dire « non » nous avons quand même échoué. Dieu n’a pas permis la tentation afin de montrer au monde la force de notre volonté, mais comme moyen de permettre à Christ de vivre puissamment en nous ! Le véritable croyant ne dit jamais « non » à la tentation, mais il dit « oui » à Jésus : Malcolm Smith



Etre vainqueur : oui ! mais par quoi le sommes-nous ? Par le Saint-Esprit ou par les murs de protection que nous avons élevé partout autour de nous ?



3ème arme : la Parole de Dieu : Le tentateur vint dire à Jésus… Celui-ci lui répondit : Il est écrit ! Matthieu 4,1 à 10



Jésus nous rappelle ici que ce qui est bon ou mauvais pour nous n’est pas d’abord ce que nous disent notre raisonnement ou nos sentiments, mais ce que Dieu dit. Seul ce qui Dieu dit est juste et vrai : tout le reste n’est que tromperie et mensonge ! Aussi devons-nous opposer à la force de la séduction non nos raisonnements, mais ce que dit la Parole de Dieu !



4ème arme : le soutien et la proximité fraternelles : Jac 5,16. Reconnaissons que nous sommes tous faibles face à la tentation. Là où l’un est fort, l’autre ne l’est pas et vice-versa. Apprenons à nous écouter et nous soutenir sans nous juger. C’est la meilleure aide que nous pourrons nous donner mutuellement.



5ème arme enfin : la confession : 1 Jean 1,8 à 10 : Une, deux, trois, dix batailles perdues ne signifie pas que la guerre le soit ! « Ne te réjouis à mon sujet, mon ennemie, dit Michée ! Car, si je tombe, je me relève : si je suis assise dans les ténèbres, le Seigneur est ma lumière. Je supporterai l’irritation du Seigneur puisque j’ai péché contre lui, jusqu’à ce qu’il défende ma cause et mon droit ; Il me fera sortir à la lumière, et je verrai sa justice ! Michée 7,8-9.



Que Dieu Lui-même, comme le dit le Psaume 18,34 exerce les bras de chacun de nous au combat !

vendredi 2 octobre 2009

Etrangers et pélerins

Etranger, voyageur et intégré !




Texte de base : 1 Pierre 2,11 à 12



1. Introduction



Alors que Jésus s’apprêtait à quitter définitivement Ses disciples, Il exprime dans la prière qu’Il adresse à Son Père pour eux, le souci particulier qui L’habite en pensant à ce que sera la suite de leurs vies dans ce monde. Comme Lui avant eux, Jésus sait que, devenant Ses disciples, les hommes et les femmes qui L’ont suivi doivent désormais se préparer à vivre dans une situation inconfortable.



« Je leur ai donné ta parole ; et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde : Jean 17,14 à 16. »



Selon les propres mots de Jésus, cette situation inconfortable dans laquelle se trouvent Ses disciples est dûe à la double réalité à laquelle, quotidiennement, ils devront faire face :



- 1ère réalité : la réalité physique. En tant qu’être humain, vivant sur la terre, les disciples sont des membres à part entière de l’humanité. C’est dans le monde, et non hors de lui, que tous les jours, tant qu’ils respirent, ils sont appelés à vivre.



- La seconde réalité est d’ordre spirituel. Elle tient au royaume auquel, par leur être intérieur nouveau, ils sont désormais rattachés : le royaume de Dieu. En ce sens, bien qu’étant encore physiquement dans le monde, en réalité ils n’en font plus partie. Ce n’est plus ce qui se fait ou se dit dans le monde qui dicte leur conduite, mais ce qui vient de Dieu, d’en-haut !



Comment peut-on vivre dans le monde sans être du monde ? Où se situe le vrai combat dans cette situation ambiguë dans laquelle se trouvent les chrétiens ? Qu’est-ce qui, par-dessus tout, compte dans la vie que, en tant que disciples du Christ, nous sommes appelés à vivre ici-bas ? C’est ce à quoi nous allons essayer de répondre avec le passage que nous avons lu en introduction dans la première épître de Pierre (nous le ferons en deux parties)



2. Etre dans le monde sans être du monde :



Comment être à la fois dans le monde sans être du monde ? Quels sont les mots qui, de la part de Dieu, décrivent le mieux la réalité de la situation dans laquelle, en tant que disciples de Christ, nous nous trouvons ici-bas ? L’apôtre Pierre y répond en utilisant deux termes très significatifs, non seulement pour nous, mais d’abord pour ceux à qui il s’adresse.



« Bien-aimés, je vous exhorte comme des étrangers et des voyageurs… Alors que, pour la plupart d’entre nous réunis ici, nous sommes chez nous en France, il n’en était pas de même pour les chrétiens à qui Pierre s’adressait : 1 Pierre 1,1. La communauté à laquelle Pierre s’adressait était une communauté en exil, dispersée, suite à la persécution, dans quantité de régions qui n’étaient pas les régions d’origine de ceux qui s’y rendaient. Si des personnes étaient aptes à comprendre ce que cela voulait dire de vivre en étrangers et voyageurs sur une terre, c’était bien les chrétiens auxquels Pierre s’adressait.



Or, cette double condition d’étrangers et de voyageurs est exactement, dit Pierre, celle dans laquelle se trouvent tous les croyants dans ce monde :



a. Etranger :



Que signifie le fait d’être un étranger dans un monde ou une société ? Plutôt que moi qui n’ait fait que quitter les Vosges pour venir en Picardie, je pense que ceux qui, parmi nous, ne sont pas français seraient plus à même de répondre à cette question.



D’après ce que je peux en comprendre, être étranger se matérialise par différentes choses :



- un certain sentiment de malaise et d’insécurité. Habitué à certains repères, l’étranger qui débarque dans une société nouvelle est face à un monde qui lui est souvent totalement inconnu. Il est comme désorienté, perdu. Aussi lui faut-il tout un temps et, souvent l’aide de personnes qui, avant lui, sont aussi passées par là pour s’y retrouver.



Alors que nous sommes chrétiens de longue date, nous pouvons penser parfois à tort ou trop rapidement qu’il n’est pas trop difficile, pour ceux qui deviennent à leur tour chrétiens, de nous rejoindre. Détrompons-nous ! Pour la plupart de ceux qui n’ont pas eu d’éducation chrétienne ou qui n’ont pas eu le privilège de grandir dans une église, être chrétien peut se traduire par une expérience momentanément traumatisante ! Car, alors qu’il devient un étranger pour son entourage, le nouveau chrétien peut avoir le sentiment d’être aussi un étranger dans la communauté nouvelle qu’il vient de rejoindre. Comme un étranger, le nouveau chrétien a quitté un monde fait de certains repères pour entrer dans un autre monde où il faut s’habituer à toutes sortes de nouveautés.



Qu’est-ce qui se fait, qu’est ce qui se fait pas ? Qu’est ce qui se dit, qu’est ce qui se dit pas ? Comment faire pour bien faire, ne pas choquer, etc… ? Quantité de questions qui se posent inévitablement au nouveau croyant.



Parole d’un jeune devenu chrétien dans les Vosges et qui commençait à fréquenter l’assemblée. « Je me sens au milieu de vous comme un serpent qui mue. Ma vieille peau est en train de partir, mais la nouvelle n’est pas encore vraiment là. C’est une situation inconfortable. »



Devenu étranger pour le monde, c’est aux membres de la nouvelle communauté qu’il a rejoint qu’il revient d’entourer et d’accueillir comme un frère parmi eux le nouveau converti. Tous les étrangers le diront. Rien n’est plus rassurant quand on débarque de son pays que d’être accueilli sur la nouvelle terre par quelqu’un que l’on connaît, qui, avant nous, est passé par les étapes que nous devrons affronter et qui peux nous guider dans l’univers nouveau et inconnu dans lequel nous entrons. C’est là le rôle premier et important que doit avoir la communauté pour tout jeune converti qui la rejoint.



- après le sentiment de malaise et d’insécurité, la 2ème chose qui caractérise l’étranger est la confrontation inévitable à laquelle il devra faire face entre la mentalité, le langage et les habitudes auxquels il était habitué et ceux du monde nouveau auquel il appartient désormais.



Tous les élèves, les professeurs et les parents qui viennent de vivre la rentrée scolaire de leurs enfants, surtout si, comme Maxime, ceux-ci rejoignent un nouvel établissement dans lequel ils ne connaissent personne, le savent bien : le souci n°1 du chef d’établissement est que la rentrée se passe bien, c’est-à-dire que le processus d’intégration de ceux qui rejoignent l’établissement se déroule sans heurt.



Pour se faire, l’Education Nationale a mis en route ce qui est appelé un Projet Individuel d’Intégration Scolaire dans lequel tous les acteurs de la vie scolaire et de l’entourage de l’enfant sont partie prenante (Lydia pourrait vous en dire plus), le but étant que l’intégration de l’enfant, son incorporation dans un ensemble plus vaste, se déroule bien.



De même, alors que, jusqu’à présent, ceux qui rejoignaient notre mission, France pour Christ, prenaient en quelque sorte le train en route, nous nous sommes rendus compte, au fil du temps, de la nécessité de faire passer les candidats missionnaires par ce qu’on a appelé un Parcours d’Intégration, parcours au travers duquel, d’une part ils apprennent à mieux connaître la mission (son projet, son histoire, son mode de fonctionnement, ses instances…) et d’autre part, la mission apprend aussi à mieux connaître les nouveaux arrivants (leur parcours, leurs convictions, leur motivation…)



Si je dis tout cela, c’est pour illustrer une seule chose : c’est le fait que, lorsque l’on est étranger il nous faut passer par tout un temps de formation et de découverte pour être capable de s’intégrer au nouvel ensemble dont nous faisons partie.



Or, ce qui est nécessaire pour le monde de l’école, de l’entreprise ou pour tout étranger qui, quittant un pays ou un continent, vient habiter sur une nouvelle terre, l’est tout autant pour celui qui, sur le plan spirituel, quitte le monde pour entrer dans le royaume de Dieu. L’intégration d’un jeune converti dans une église ressemble en partie à celle d’un étranger dans une nouvelle société. Elle passe par une phase inévitable de questionnement, de découverte, d’apprentissage, de changements de manière à ce que, sortant du monde, le jeune chrétien comprenne ce à quoi l’engage désormais la vie nouvelle qu’il a reçu, tant en termes de ruptures par rapport à son passé que d’acquisitions de nouvelles habitudes en ce qui concerne l’avenir : Ephés 4,17 à 32 (étrangers à la vie de Dieu)



L’intégration d’un nouveau chrétien dans une église ne peut se faire de manière satisfaisante que si celui-ci use de tous les moyens qui lui sont donnés pour la faciliter : ex : Actes 2,42.46 : assidus…



- après le processus d’intégration, le 3ème élément auquel doit souvent faire face l’étranger est la confrontation à l’hostilité environnante plus ou moins forte dont font preuve à son égard ceux qui n’acceptent pas sa différence.



Si, dans les deux premiers points, j’ai fait une application de ce que signifie être un étranger pour le jeune chrétien qui s’intègre dans l’église, c’est surtout à l’égard du monde que le chrétien doit apprendre à faire face à de l’hostilité (quoiqu’il nous faut aussi tous apprendre à faire des efforts dans l’église pour accepter les différences !)



Il n’est pas rare que dans l’Eglise de Jésus-Christ on entende que pour atteindre les non-croyants il nous faille absolument faire un effort pour leur ressembler. Certes, il y a là quelque chose de vrai. Mais, quoi que ce soit que fasse comme effort le chrétien pour rejoindre ou s’identifier aux non-croyants (ces efforts porteront toujours sur l’adaptation culturelle à l’environnement) il n’en est pas moins vrai que, s’il est fidèle à son maître, il sera toujours considéré par eux comme un être étrange : 1 Pierre 4,3-4.



Parce qu’il est un étranger dans ce monde, il n’est pas anormal que ceux qui côtoient le chrétien le trouvent d’une certaine manière étrange. C’est s’il n’y a aucune différence entre nous et les incroyants que la chose est anormale, et non l’inverse.



Avant de quitter ce monde, Jésus a été clair avec Ses disciples sur ce dont ils devraient s’attendre en vivant dans le monde :



Jean 16,1 à 4 : Je vous ai dit ces choses, afin qu’elles ne soient pas pour vous une occasion de chute. Ils vous excluront des synagogues ; et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Et ils agiront ainsi, parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni moi.. Je vous ai dit ces choses, afin que, lorsque l’heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. Je ne vous en ai pas parlé dès le commencement, parce que j’étais avec vous.



Jean 16,33 : Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde.



b. Voyageurs ou exilés :



Si « étranger » est le premier qualificatif qu’utilise Pierre pour décrire la condition du chrétien dans le monde, il n’est pas le seul. Le second est celui de voyageur, d’exilés, ou mieux peut-être, de pélerins.



Si le terme « voyageur » fait penser à quelqu’un de passage qui se déplace, si celui « d’exilé » renvoie à la notion de terre étrangère, le terme de pèlerin est, je trouve, le plus complet pour exprimer la position du chrétien dans le monde.



Le pèlerin, comme le voyageur, est quelqu’un qui se déplace. Si le voyageur n’a pas forcément un but précis, le pèlerin, lui, sait exactement où il veut aller (l’année dernière nous avions accueilli un pèlerin qui allait à St Jacques de Compostelle). Comme il ressemble au voyageur, le pèlerin ressemble aussi à l’exilé, mais il diffère aussi de lui. En effet, celui qui est exilé ne l’est pas toujours du fait de sa propre volonté (Napoléon à Ste Hélène). C’est par contre de son propre chef que le pèlerin a quitté son chez lui pour se rendre au lieu qui est le but de son exil.



Que nous apprend le mot de pèlerin sur la condition qui, ici-bas, est la nôtre en tant que disciples de Christ ?



- la 1ère chose est que le chrétien est un être en migration. S’il s’arrête et se pose pour un temps à un endroit, il sait que ce n’est pas là qu’est sa destination finale. Celle-ci se trouve, nous dit Pierre, dans les cieux où il a un héritage qui lui est réservé : 1 Pierre 1,4



En route vers sa destination finale, le chrétien doit tout faire pour ne pas s’attacher outre mesure à ce qu’il possède et à ce dont il peut jouir au cours de son pèlerinage : 1 Cor 7,29 à 31. Car, tous, nous devrons laisser derrière nous tout ce que nous avons au moment où le Seigneur nous appellera, que ce soit par la mort ou au jour de Son retour. Il nous faut être absolu pour les choses essentielles et relatif pour les secondaires !



Veillons donc à ne pas être comme la femme de Loth qui, trop attachée aux richesses et aux plaisirs de Sodome, s’est trouvée incapable le moment venu de leur tourner résolument le dos pour obéir à l’appel de Dieu qui l’invitait à fuir le jugement qui allait venir. : Genèse 19,26 ; Luc 17,32.



- la 2ème chose qui caractérise le pèlerin est que, chaque jour, c’est la vision de sa destination finale qui lui donne la force de poursuivre sa route avec joie.



Paul, qui vivait dans l’esprit du pèlerin, nous témoigne de ce qui, au quotidien, le motive : Actes 20,24 : Mais je ne fais pour moi–même aucun cas de ma vie, comme si elle m'était précieuse, pourvu que j'accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus, d'annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu.



Comme il en est pour le pèlerin, c’est au jour le jour seule la vision du but que nous poursuivons qui donne un sens à nos efforts :



1 Cor 9,24-25 : Ne savez–vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons–le pour une couronne incorruptible.



Philip 3,12 à 14 : Ce n'est pas que j'aie déjà remporté le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus–Christ. Frères, je ne pense pas l’avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus–Christ.



3. Conclusion :



Deux mots traduisent de manière significative la situation du chrétien dans le monde : étranger et pèlerin



La caractéristique de l’étranger est qu’il est un être manifestement différent qui, cela se voit, vient d’un autre pays. La caractéristique du pèlerin est qu’il est ici-bas de passage, en route vers un but qui le stimule chaque jour à poursuivre sa course.



Interrogeons-nous donc : dans quelle mesure suis-je à la fois un étranger pour ce monde et un pèlerin dans ce monde ?

dimanche 13 septembre 2009

Lettre à l'Eglise de Thyatire

Texte biblique : Apocalypse 2,18 à 29
1. Introduction :


Après Ephèse, Smyrne et Pergame, c’est à Thyatire que, en vision, le Seigneur conduit Jean et déroule devant lui la figure de ce que sera l’Eglise dans la 4ème étape de son développement historique. Après la  perte du premier amour à Ephèse, l’épreuve de la persécution à Smyrne, le développement de faux enseignements à Pergame, nous atteignons avec Thyatire un sommet dans les maux qui peuvent gangrener une église. Car à Thyatire, montre Jean, ce n’est pas d’abord dans les membres de l’Eglise que se trouve le mal qui la corrompt, mais dans sa tête, dans les instances qui ont la charge de lui prodiguer l’enseignement qu’elle doit suivre, les organes directeurs qui donnent à toute l’église la ligne qu’elle doit suivre.

La Bible nous dit de quelle manière éviter une telle déviation. Elle nous enseigne la nécessite de la vigilance et de la correction mutuelle : 1 Cor 14,30, comme la nécessité de la vérification dans toute l’Ecriture pour voir si l’enseignement apporté est conforme à la Parole : Actes 17,11

Analyse de la lettre de Jean, dictée par Jésus, le Fils de Dieu, à l’église de Thyatire !

2. Thyatire : la ville


C’est dans le livre des Actes des apôtres que, pour la 1ère fois, nous trouvons la mention de Thyatire. Alors que Paul se trouve en Asie et qu’il est empêché, nous dit Luc, par le Saint-Esprit d’y annoncer la Parole, il reçoit une nuit la vision d’un Macédonien qui l’appelle au secours. Comprenant que Dieu l’appelle à quitter l’Asie pour se rendre en Europe, Paul débarque avec son équipe à Philippes une ville grecque. Le jour du sabbat, il se rend à une rivière où se trouve un groupe de femmes à qui il annonce l’Evangile. Actes 16,14-15 nous dit la suite.

Deux détails particuliers, au sujet de ce que nous étudions ce matin, doivent retenir notre attention : le premier est le métier qu’exerçait Lydie, que l’on pense être la 1ère convertie d’Europe : elle était marchande de pourpre. La seconde est la ville d’où elle provenait : Thyatire. Ces deux détails, qu’il nous faut retenir pour la suite, ne nous sont pas donnés par hasard dans la Bible. Ils sont révélateurs de l’activité qui, à l’époque où écrit Luc, faisait la renommée de Thyatire : la fabrique d’une étoffe d’une teinte si particulière, le pourpre, que c’est avec elle que l’on confectionnait dans tout l’empire romain les vêtements qui habillaient les princes, les rois et les plus hauts dignitaires de l’empire.

3. Thyatire : l’Eglise :


a. le Fils de Dieu


C’est en tant que Fils de Dieu, un rappel en quelque sorte que Lui seul est le médiateur qualifié entre Dieu et les hommes que Jésus se présente à l’Eglise de Thyatire. Ce rappel n’est pas anodin. Il met sans doute d’entrée l’accent sur un grave problème que l’on rencontre à Thyatire : l’ombre que projette sur le Christ une femme qui se dit prophétesse, qui prétend sans doute, au nom de Dieu, apporter une parole inspirée à égalité avec celle du Christ à Ses serviteurs ! Nous verrons tout à l’heure, au travers du nom sous lequel Jean l’appelle, Jézabel, qui est cette femme, quelles sont ses caractéristiques et ses traits les plus marquants.

Quels que soient le titre ou les capacités que possède un homme dans l’Eglise de Jésus-Christ, jamais il ne doit posséder une autorité ou une gloire telles qu’elles fassent ombrage au Christ. Les anges : Apoc 22,8-9, comme les apôtres : Actes 14,11 à 14 s’y sont refusés.

b. Je connais :


S’il y a dans l’Eglise de Thyatire un problème énorme au niveau de la tête, le Seigneur qui la regarde de Ses yeux de feu sait faire la part des choses entre ce qui est et reste positif et bon dans cette Eglise et ce qui est totalement condamnable.

Si l’enseignement donné dans cette Eglise par ceux qui la dirigent est un gros problème, le Seigneur note qu’il existe cependant dans cette église de nombreux points forts : ce sont les œuvres nombreuses qui y sont pratiquées : v 19. C’est là sans doute un point que, pour notre part, nous avons parfois trop tendance à négliger. La foi, rappelle en effet Jacques, n’est pas faite que des choses du cœur et de l’esprit. Elle doit, pour être crédible, se traduire par des actes et des engagements concrets : Jac 2,14 à 17. Si nous sommes justifiés devant Dieu par la foi, Thyatire nous rappelle que ce qui justifie notre foi devant les hommes, ce sont nos euvres. Un aspect du christianisme authentique que, malgré les erreurs dont elle est infestée, Thyatire a su conserver !

c. Jézabel :


Cependant, malgré tout le positif pouvant exister dans cette église, se trouve en son sein et à sa tête un gros problème. Ce problème, une personne, nous est présenté sous deux aspects :
- le 1er est celui de l’identité sous laquelle Jean tient à ce qu’elle soit comparée : Jézabel, l’épouse historique du roi Achab, une des reines les plus célébres de l’histoire d’Israël
- le second est celui du rôle que se donne cette personne : prophétesse, porteuse du message et de la Parole de Dieu.

Analyse !

4. Jézabel, la fausse prophétesse de l’Eglise de Thyatire :


Jézabel étant la personne à laquelle Jean compare la fausse prophétesse, qui séduit et trompe les serviteurs et les membres de l’Eglise de Thyatire, c’est vers elle que nous allons maintenant nous tourner pour comprendre qui elle est et quel danger réel elle représente pour le peuple de Dieu.

a. Origine : 1 Rois 16,29 à 31


La 1ère chose que l’on remarque en étudiant ses origines est que, si Jézabel a pu accéder à la royauté en Israël, par nature et par naissance elle n’en fait pas légitimement partie. Jézabel n’est pas israélite d’origine, mais sidonienne. A l’égard de la Parole et de la volonté de Dieu, elle n’a aucun droit légitime de diriger et gouverner le peuple de Dieu !

Jézabel est d’abord le fruit du péché d’Achab : Deut 7,1 à 3. C’est une usrpatrice.

b. Sa véritable religion :


Si Jézabel s’était réellement convertie au Dieu d’Israël, on aurait pu à la rigueur accepter qu’elle puisse, par mariage, accéder à la royauté. Mais il n’en est rien ! Au lieu d’adhérer au Dieu d’Israël ,Jézabel, au contraire, fera tout pour importer dans le pays le culte qu’elle rendait dans le sien. 1 Rois 18,19 nous rapporte ainsi que, chaque jour, 450 prophètes de Baal (le grand dieu cananéen appelé le Seigneur) et 400 prophètes d’Astarté (appelée la reine du ciel) mangeaient chaque jour à sa table)

c) Son caractère


Si Achab, l’époux de Jézabel, apparaît comme un homme mou, immature, facilement manipulable, sa femme, elle, apparaît comme une femme cruelle, impitoyable, sans scrupule à l’égard de quiconque s’oppose à elle.

 3 exemples :
- l’affaire de Naboth, de Jizréeel : 1 Rois 21,1 à 10
- le témoignage du prophète Abdias : 1 Rois 18,7 à 13
- sa haine d’Elie, le prophète de Dieu : 1 Rois 19,1-2

Tous les récits bibliques se rapportant à Jézabel sont unanimes : il n’y a rien à attendre de bon, de juste, de droit de la part de Jézabel. « Il n’y a eu personne, dit la Bible, qui se soit vendu en faisant ce qui déplaisait au Seigneur comme Achab ; c’est Jézabel, sa femme qui l’y incitait : 1 Rois 21,25. Jézabel ne sert pas Dieu, mais le diable qui est, dit Jésus, menteur et meurtrier dès le commencement : Jean 8,44. L’époque de Jézabel est l’époque où l’erreur dominait complétement le peuple de Dieu et où les vrais croyants qui subsistaient des persécutions devaient, pour rendre leur culkte à Dieu, vivre dans la clandestinité.

d) Sa fin :


Survivant 12 ans après la mort d’Achab, tué lors d’un combat, Jézabel finira par être jugé par Dieu au travers du roi Jéhu qui la renversera de son trône. Elle connaîtra, selon la prophétie d’Elie, un fin honteuse et ignominieuse : 2 Rois 9,30 à 37.

5. Le message du Fils de Dieu à Jézabel et à l’Eglise de Thyatire


Le portrait de Jézabel dressé, retournons à l’Apocalypse pour entendre maintenant, ce qui est le cœur de la lettre que Jean écrit, le message que le Seigneur adresse à l’Eglise de Thyatire au sujet de Jézabel, la fausse prophétesse qui sévit en son sein :

a. la longue patience stérile de Dieu à son égard :


v 21 : la 1ère chose que Dieu fait remarquer est la longue patience dont il a usé envers elle, espérant que, comme Manassé, l’un des rois les plus impies d’Israël : 2 Chr 33,11 à 20, elle se repente. Il n’en sera rien : la Jézabel de Thyatire ne se repentira pas. Elle ne reviendra ni de ses prétentions, ni de ses erreurs !

b. l’avertissement solennel de Dieu :


v 22 à 23 : Jézabel ne voulant pas s’amender, Dieu l’avertit qu’un jugement particulier et terrible, comme celui qui frappa la première Jézabel, va la frapper, non seulement elle, mais tous ceux qui auront fait alliance avec elle pour s’unir à elle. Ce jugement sera tel, qu’il sera, comme celui d’Ananias et Saphira au début de l’Eglise, un événement qui marquera toutes les autres églises et leur rappellera la nécessité de la crainte de Dieu et du refus de tout compromis.

Appelée déjà ici la prostituée, il se peut fort bien que le jugement de la Jézabel de Thyatire soit auss icelui de la femme prostituée assise sur la bête décrit dans Apoc 17,1 à 6.15 à 18, femme vêtue du pourpre de Thyatire…

c. Message à ceux de Thyatire qui sont restés fidèles à Dieu


V 24 : Jézabel devant être jugée, le Seigneur qui discerne toutes choses, s’adresse au reste qui, en son sein, n’a pas adopté l’enseignement de la fausse prophétesse. « Il ne met pas, leur dit-il, d’autres fardeaux que celui de Lui rester attaché à Lui et sa Parole jusqu’à ce qu’Il vienne. Voyons ici combien grande est la compréhension de Dieu envers ceux qui, enfermés dans un système trompeur, Lui restent cependant attachés !

6. Conclusion : parole au vainqueur


Refaisons le tour de tous les traits caractéristiques de l’Eglise de Thyatire :

- Eglise qui aime le pourpre
- Qui abrite en son sein une concurrence à Christ et à sa parole
- Marquée fortement par les œuvres
- Qui a à sa tête pour l’enseigner une Jézabel
 à la fois reine et prophétesse
 reine illégitime, d’origine païenne
 qui adore un faux Seigneur et la reine du ceil
 qui persécute et tue les vrais serviteurs de Dieu
 qui a été longtemps l’objet de la patience de Dieu
 qui ne veut pas se repentir
 qui cherche à contaminer d’autres églises par ses erreurs au travers d’alliances
 qui sera jugée et détruite à la fin des temps
A qui vous fait spontanément penser cette Eglise : l’Eglise catholique. Sa Jézabel : la papauté !
 la couleur pourpre : celle des dignitaires de l’église catholique
 la concurrence à Christ et sa Parole : le pape et la tradition
 une église qui met l’accent sur les bonnes œuvres : point positif
 la papauté et Jézabel : point communs
Le pape est roi (souverain pontife) et prophète (vicaire du Christ)
L’institution de la papauté a ses sources dans le paganisme
Le culte catholique est marquée par une forte idolâtrie : la reine du ciel, un faux christ
La papauté a été pendant des siècles persécutrice des vrais croyants, attachés à Christ et Sa Parole qui devaient vivre en clandestinité
 La papauté se dit infaillible et refuse donc de revenir de ses erreurs
 La papauté a été l’objet de la longue patience de Dieu
 La papauté cherche à créer des alliances avec toutes les religions
 Elle sera jugée sévèrement et d’un coup avec tous ceux qui ont fait alliance avec elle et se sont prostitués à elle

Nous ne pouvons pas terminer cette étude sans relever la promesse que Dieu fait au vainqueur sortant de cette Eglise : v 26-27. Ce que l’Eglise catholique (ce qui signifie universel) a toujours cherché à avoir par ses alliances et ses compromis, Dieu le donnera, par grâce un jour, à Ses saints : le partage avec Lui de la royauté universelle !

Citations de Saint Augustin, considéré comme le père de l’Eglise catholique : « Emportons du milieu de nous nos papiers et tous nos livres, et que le Livre de Dieu seul s’avance. Quelqu’un me demandera-t-il : Pourquoi ? Parce que je ne veux pas que l’on prouve quoi que ce soit par des documents humains, mais par des oracles de Dieu. Il ne faut pas penser comme les évêques catholiques s’ils pensent quelque chose qui soit contraire aux Ecritures canoniques de Dieu ! »

Lien : http://alain.monclair.fr/index.php?/archives/123-SOUS-LA-FLAMME-DE-SON-REGARD..html

lundi 31 août 2009

Programme de rentrée...

Comme des enfants de Dieu…
Texte biblique : 1 Pierre 2,1 à 5

1. Introduction :

Le mois de septembre étant une sorte de rentrée pour chacun de nous, j’aimerais ce matin vous inviter, au travers d’un passage de la 1ère épître de Pierre, à méditer sur 4 verbes que Pierre nous présente ici comme 4 directives, 4 aspects complémentaires du programme de Dieu pour notre vie chrétienne !

Qui dit vie chrétienne, précise Pierre en introduction de sa lettre, dit obligatoirement nouvelle naissance. Quels que soient les auteurs chrétiens que nous lisons, il y a là un préalable que nous retrouvons constamment. Les exhortations à vivre la vie chrétienne sont des exhortations qui ne s’adressent qu’à des personnes qui sont nées de nouveau, c’est-à-dire, dit Pierre, des personnes en qui Dieu a fait, par le Saint-Esprit et par Sa Parole, une œuvre de régénération.

De même que le passage à l’école primaire est nécessaire pour qu’un enfant puisse être équipé pour entrer au collège, la nouvelle naissance, sans laquelle personne ne peut être un enfant de Dieu, est l’équipement de base obligatoire et indispensable pour être capable de vivre le programme que Dieu a prévu pour la vie chrétienne.

Pierre le rappelle dans le premier chapitre de sa lettre de 4 manières :

- dans l’introduction de sa lettre : 1 Pierre 1,3 : avant de formuler quoi que ce soit comme demande ou exigence liée à la vie chrétienne, Pierre loue Dieu pour ce qu’Il a fait en nous pour que nous soyons capables de vivre ensuite ce qu’Il va nous demander : Il nous a régénéré, fait naître de nouveau
- au sujet de l’obéissance à Dieu : 1 Pierre 1,14, Pierre s’adresse aux chrétiens comme étant, non des étrangers, mais des enfants de Dieu, des personnes nées de Lui, ayant reçu Sa nature, sa vie, Ses gênes en quelque sorte ! Ne peuvent obéir à Dieu que ceux qui sont Ses enfants, suggère ici Pierre.
- Au sujet de l’amour dont nous devons faire preuve les uns envers les autres, il nous rappelle là aussi que celui-ci n’est possible qu’en vertu de la vie nouvelle que nous avons reçue par la nouvelle naissance : 1 Pierre 1,22-23.
- Concernant enfin le programme que Dieu a pour nous, et dont nous allons parler maintenant, Pierre le rappelle une fois de plus. C’est à des enfants nouveaux nés (des personnes nées de nouveau) qu’il s’adresse : 1 Pierre 2,2.

Du début à la fin, nous devons nous souvenir d’une chose ! C’est que la vie chrétienne ne se développe et ne se poursuit que par la force par laquelle elle a commencé. « Comme vous avez reçu Christ, vivez ou marchez en Lui, dira Paul : Col 2,6. » Demander à quelqu’un de vivre la vie chrétienne sans qu’il soit né de nouveau est aussi impossible que le fait de demander à un mort de se lever et de courir un 100 mètres !

C’est à Ses enfants nés de nouveau que Dieu demande de vivre et de marcher en nouveauté de vie ! Pour se faire, Pierre place ici devant nous, parmi tant d’autres injonctions que l’on trouve dans l’Ecriture, 4 verbes, 4 exhortations sur lesquelles nous allons maintenant méditer ! Avant d’aborder la réflexion sur ces 4 verbes, j’aimerais souligner le fait que la mise en œuvre des actes qu’ils supposent n’est pas à faire une seule fois, mais que c’est de manière permanente qu’ils constituent un aspect du programme de la vie chrétienne !

2. 1ère exhortation : rejeter

Négatif dans sa forme, le premier mouvement de la vie chrétienne, le rejet, est en fait constructif. Déjà dans les Evangiles, Jésus disait à Ses disciples qu’il leur sera impossible de progresser dans leur vie spirituelle sans faire des choix draconiens : Mat 5,30 (on trouve ici un verbe d’une même racine que rejeter : jeter). Le rejet de ce qui est nuisible, négatif ou de ce qui accapare inutilement notre énergie est la condition première d’une vie avec Dieu bien orientée. Tout comme le Père, nous sommes appelés constamment à un travail d’émondage de manière à ce que la qualité de notre vie spirituelle se bonifie toujours plus : cf Jean 15,2.

Parmi les nombreuses choses à bannir sans complaisance de notre vie, Pierre en cite ici cinq :

- la malfaisance (ou méchanceté), tout ce qui porte de manière évidente la marque du mal pur. Nous n’avons à ce sujet nulle liste à dresser, la loi de Dieu, Sa Parole, notre conscience et le Saint-Esprit étant suffisant pour nous attester ce qu’il convient de mettre sous ce terme : vengeance, paroles blessantes, moqueries, humiliations, adultère, mensonges, tromperie, escroquerie… tout ce qui est préjudiciable à notre prochain !

- la ruse (ou la fraude), la duplicité, tout ce qui est fait par derrière, par calcul, tout ce qui ne relève pas de l’honnêteté et de la vérité. On peut relever à ce sujet l’exemple biblique d’Ananias et Saphira qui ont cru trompé les apôtres et que Dieu a sanctionné avec sévérité : Actes 5,1 à 3.

Suis-je honnête, sans calcul dans ma vie et ma relation avec les autres ? Tout ce qui est essai de tirer la couverture à soi, de manipuler les autres ou d’agir sur eux pour qu’ils soient gagnés à ma cause (souvent contre d’autres) qu’elle qu’elle soit, ressort de la ruse. Quelle que soit la forme qu’elle prend, souvenons-nous que la ruse a été l’arme de prédilection du serpent contre nos premiers parents : Genèse 3,1.

- l’hypocrisie, cousine de la ruse : tout ce qui est faux-semblant, mensonge, dissimulation pour tromper, cacher. L’hypocrite est un comédien qui, sous un déguisement, cherche à apparaître sous un autre jour que ce que qu’il est ou pense en réalité. Si le rusé agit plutôt dans l’ombre pour ne pas être vu, l’hypocrite apparaît, lui, en plein jour, son but étant, sous la forme sous laquelle il se présente, de tromper les autres sur son véritable état intérieur et caché. Aussi, ce qui compte par-dessus tout pour l’hypocrite est de soigner l’extérieur, la façon dont les autres le perçoivent : un danger qui nous guette particulièrement en tant qu’enfants ou serviteurs de Dieu : Mat 23,25 à 28 (il ne faut surtout pas que, sous le vernis, les autres connaissent mes failles, voient que je suis pécheur ! )

Questions : quelle est l’image que je cherche à montrer aux autres de ma vie chrétienne ? Celle du chrétien impeccable qui ne fait jamais de faute, qui ne peut jamais être pris en défaut ? Ou suis-je assez honnête pour dire, reconnaître et laisser voir aux autres à quel type de combat et de lutte je peux faire face dans ma chair ?
- l’envie : tout ce qui ressort du désir malsain, de la convoitise de la chair, des yeux, du désir d’avoir, de posséder…, tout ce qui touche quelque part aussi à la comparaison qui conduit ensuite au jugement d’autrui et qui nourrit la jalousie : exemple : Nomb 12,1 à 3. L’envie d’Aaron et Myriam d’avoir la notoriété de Moïse les a poussé à chercher quels étaient la faille et le point faible chez lui pour ensuite le critiquer, le dévaluer aux yeux des autres. Une stratégie que Dieu n’a pas supporté !

- la médisance : tout ce qui dans nos paroles salit les autres, ternit leur image et pousse ceux à qui nous parlons d’eux à se former une opinion négative de leur personne sans que les concernés puissent donner leur version des faits : Exemple : Diotrèphe : 3 Jean 9 et 10.

« En général, on ne se fait pas une juste idée des conséquences funestes que peuvent entraîner des paroles, on ne songe guère qu'à l'effet produit au moment où elles se prononcent. Mais suivez-les, je vous prie, dans leur rapide voyage de bouche en bouche, et vous serez effrayés des ravages qu'elles vont faire. Ce ne sera, si vous le voulez bien, qu'une simple médisance, qu'on ne fera que répéter. Mais pourquoi celui qui l'entend la cacherait-il à celui que la répétera ensuite? Et si cette parole se répercute d'écho en écho qui la redisent tout à tour, faudra-t-il beaucoup de temps, je vous le demande, pour qu'une famille, une assemblée, voire un village en soient informés? Ce fait d'abord raconté avec exactitude, sera dénaturé, grossi. Ce qui était vrai le matin se trouvera faux le soir. Répété devant des inconnus ou des indifférents, il parvient à l'oreille d'un ami, d'un protecteur, d'un maître ... quels résultats néfastes: brouilles entre voisins, reproches entre parents, perte de confiance d'un supérieur, etc ... et voilà les fruits amers d'une simple médisance. » Que, par le Saint-Esprit, Dieu agisse en nous pour nous guérir des péchés les plus difficiles à combattre : les péchés de la langue !

Comme Pierre, Paul mentionne aussi dans ses épîtres plusieurs choses qui, parmi les saints, ne devraient ni exister, ni même être nommées : Ephés 5,3-4. Le rejet d’actes et d’attitudes incompatibles avec Dieu et la vie nouvelle qu’Il nous a donné est un des mouvements nécessaires et permanents de la vie chrétienne.

3. 2ème exhortation : aspirez

Comme Paul le mentionne aussi dans son épître aux éphésiens, limiter le mouvement de la vie chrétienne au rejet de ce qui est mauvais est insuffisant. Les mauvais désirs, les mauvaise habitudes, réactions, les mauvais comportements ne peuvent être déracinés en nous que si de nouvelles choses saines, positives, justes et édifiantes se substituent à eux : cf Ephés 4,20 à 5,5.

C’est pourquoi, après rejeter, le 2ème mouvement constructif de la vie chrétienne dont parle Pierre est aspirer ou désirer. Pour nous dire ce à quoi le chrétien né de nouveau doit aspirer et de quelle manière, Pierre utilise une illustration : celle du nouveau-né (il y a là un jeu de mots). Pour l’enfant qui vient de naître, en effet, une seule chose compte : c’est le lait que peux lui donner sa mère. Car c’est là, il le sait, que se trouvent toutes les protéines et les éléments nécessaires à sa croissance et à son développement. Aussi c’est souvent avec une grande insistance, à cor et à cris, que le bébé, qui ne connaît pourtant pas grand chose de la vie, réclame cette nourriture qu’il sait lui être nécessaire et vitale. Et, au contact du sein nourricier de sa mère, c’est goulûment qu’il l’attrape et le tête pour s’abreuver du précieux liquide qui le fait vivre.

Comme le lait pour l’enfant nouveau-né, Dieu a préparé pour chacun de nous une nourriture pleine de vitamines, suffisante en elle-même pour répondre à tous nos besoins liés à notre croissance. Cette nourriture est le lait de Sa Parole, lait qui, comme il en est pour celui de la mère, vient de Lui, de l’intérieur même de son être. S’il peut arriver qu’une mère manque de lait, ou que celui-ci soit de mauvaise qualité, nous n’avons pas à craindre une pareille surprise de la part de Dieu. Sa Parole est abondante et toujours nutritive.

La question qui se pose pour nous est cependant celle-ci : sommes-nous, comme l’enfant nouveau-né assoiffés de celle-ci. ? Ressentons-nous le manque, des carences lorsque nous en sommes privés trop longtemps ? C’est plusieurs fois par jour (et même par nuit ! ! !) que l’enfant nouveau-né réclame le lait maternel. Que Dieu mette dans nos cœurs par Son Esprit la même aspiration pour le lait de Sa Parole !

4. 4ème exhortation : s’approcher

Le 3ème mouvement consiste en l’invitation qui nous est adressée de nous approcher de Lui, Jésus, la Pierre vivante. 3 choses peuvent être dites au sujet de cette démarche à laquelle nous sommes invités :

1. la 1ère est qu’il n’y a, dans la formulation de la sollicitation que nous adresse Pierre, aucune notion de temps. S’approcher de Lui est un acte qui peut être vécu de manière constante, permanente dans notre vie chrétienne. Quels que soient les états d’âme dans lesquels nous nous trouvons, la distance que nous devons parcourir du lieu où nous sommes, la chose la meilleure et la plus bénéfique qui nous soit donnée de faire est de nous approcher de Lui.

2. Nous avons dans le nom que nous donne Pierre de Jésus la raison même de la justification de l’invitation qui nous est adressée. Jésus, nous dit Pierre, est la Pierre vivante, choisie et précieuse devant Dieu. Il développera plus loin tout ce qui est attaché à cette expression. Retenons ici cependant que la raison par excellence pour laquelle nous sommes invités à nous approcher de Christ est que ce n’est qu’à Son contact que la Vie nous est donnée. Comme il en est pour un mort, nous sommes incapables de nous ressusciter nous-mêmes. Seul Christ possède en Lui la puissance de vie capable de vivifier notre être trop souvent malade du péché Aussi, comme dit plus haut, quel que soit l’état dans lequel nous nous approchons de Lui, sachons bien que sans Lui, il n’y a de toute manière pour nous ni salut, ni avenir possible. S’approcher de Lui est le conseil le plus judicieux et le plus approprié qui puisse nous être donné en tout temps.

3. La 3ème chose est de regarder, Bible en main, pour quelles raisons nous sommes invités à nous approcher de Lui. Il ne nous est pas possible ici de faire le tour de toute la question. Notons cependant quelques pensées et promesses de la Parole liées à l’approche de Christ dans la prière :

- Approchez-vous de Dieu et Il s’approchera de vous : Jac 4,8
- Approchons-nous d’un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié d’une mauvaise conscience : Hébr 10,22
- Approchons-nous avec assurance du trône de la grâce pour être secourus dans nos besoins : Hébr 4,16
Prenons pour nous le mot d’ordre, issu de l’expérience, donné par Asaph : Pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien. J’ai choisi pour abri le Seigneur Dieu, afin de raconter toutes tes œuvres : Ps 73,28.

5. 4ème exhortation : construire

Le 4ème mouvement nous place au cœur du projet de Dieu qui est l’Eglise. Car si important que soient les trois mouvements précédents pour la vie personnelle du croyant, il n’a jamais été dans la pensée de Dieu de considérer la vie spirituelle de celui-ci comme une fin en soi. Cette fin est l’Eglise considérée ici comme la maison, le temple de Dieu, le lieu où Dieu peut recevoir le culte et l’adoration qui Lui est due au travers de ce que Lui apportent les Siens. Autant l’Eglise a besoin pour se construire de croyants animés d’une véritable vie spirituelle, autant chaque croyant doit comprendre que, si belle soit sa vie avec Dieu, elle perd son but si elle ne s’inscrit pas dans l’œuvre de construction de Son temple qu’est l’Eglise.

Si cela passe par ce chemin, nous devons constamment nous rappeler que ce qui honore par-dessus tout Dieu n’est pas d’abord la piété et la sainteté de notre vie personnelle mais ce qui, par amour pour Lui, émane de l’Eglise. C’est du milieu des Siens, ensemble sanctifié par Sa Parole, la prière et l’Esprit que Dieu reçoit par Jésus-Christ (car rien de ce qui précède ne peut venir de nous) le culte et l’adoration qui Lui sont dus.
Aussi ne travaillons-nous dans notre vie en accord avec Dieu que si nous travaillons au projet de Dieu qu’est l’Eglise. Que Dieu me donne de m’en souvenir chaque jour dans les moments personnels de ma vie avec Lui comme dans le cadre de la mission personnelle qu’Il m’a confié !

6. Conclusion :

J’aimerais pour conclure rappeler les 4 axes du programme de Dieu pour nous, tels que Pierre les définit dans ce passage :

1er axe : rejeter la malfaisance, la ruse, l’hypocrisie, l’envie, la médisance
2ème axe : aspirez au lait spirituel et pur de la Parole de Dieu
3ème axe : s’approcher de Lui, Jésus, la Pierre vivante pour recevoir la Vie
4ème axe : ensemble, édifions-nous pour former la maison, le temple de Dieu dans lequel Il peut recevoir l’adoration et l’honneur qui Lui sont dus !

dimanche 9 août 2009

Deux voies possibles

1. Introduction

J’aimerais en introduction vous parler d’un roman que je viens juste de finir. Ce roman, écrit par Eric-Emmanuel Schmitt, s’appelle « La part de l’autre ». Le genre littéraire de ce roman est ce qui s’appelle en langage savant une uchronie. L’uchronie est un genre qui repose sur une réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un évènement du passé. Nous connaissons tous la phrase de Pascal contenue dans ses Pensées : Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus court, la face de la terre aurait changé. C’est un exemple d’uchronie. Le personnage qui a intéressé Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas Cléopâtre, mais le dictateur allemand Adolf Hitler. Son livre, qui est un roman, retrace, en parallèle, deux vies : la première, celle d’Hitler telle qu’elle a existé ; la seconde, celle qu’il n’a pas eu, mais qu’il aurait pu avoir si, au lieu d’être recalé le 8 Octobre 1908 à l’Ecole des Beaux-arts de Vienne où il s’était inscrit, il avait été reçu. Eric-Emmanuel Schmitt imagine que la face du monde jusqu’aujourd’hui aurait été changée.

Pour différencier les deux parcours, Eric-Emmanuel Schmitt recourt à un procédé qui facilite la lecture. Lorsqu’il parle du Hitler historique, le récit l’appelle Hitler ; lorsqu’il décrit le personnage fictif, il le nomme Adolf. Tout le livre est un développement comparé des deux histoires. Tandis qu’Hitler, essuyant échecs et blessures, s’enfonce toujours plus dans la haine et une sorte de délire mystique, on voit Adolf s’épanouir, découvrir l’amour, s’interroger sur la foi, haïr la guerre qui menace l’Europe et épouser Sarah, une juive. Adolf n’est pas parfait : il a aussi ses zones d’ombre ; ses faiblesses. Mais il est commun, Hitler non. Hitler, comme on le sait, finit sa vie par le dernier palier où mène l’orgueil, le suicide. Adolf meurt le 21 juin 1970 aux Etats-Unis entouré des siens, après une vie qui aura connu, certes, ses moments difficiles, mais aussi ses heures de gloire et de bonheur.

Ce qui m’a intéressé dans le livre qu’écrit Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas l’histoire en elle-même des 2 Hitler, mais la conclusion que, à la fin de son roman, l’auteur nous livre sur ce que lui a appris à lui-même ce qu’il a écrit :

Cette conclusion est double :

- La 1ère est une crainte. « J’espère, dit l’auteur, qu’on ne se méprendra pas sur mon livre. En suivant deux vies, celles d’Hitler recalé, celle d’Adolf H. accepté aux Beaux-Arts, je ne fais pas seulement jouer une circonstance, mais aussi la libre interprétation d’une circonstance. Hitler n’est pas seulement victime de son échec, mais de l’analyse de son échec. Lorsqu’il échoue à l’examen d’entrée, il n’opère pas un juste décryptage de son faux pas. Au lieu de reconnaître qu’il n’a pas assez travaillé, il conclut qu’il est un génie ignoré. Premier délire. Premier isolement. Première bouffée paranoïaque. »

Le principe qu’énonce ici Eric-Emmanuel Schmitt est fondamental. Ce qui fait que nos vies sont ce qu’elles sont, dit-il en quelque sorte, n’est pas d’abord dû aux circonstances par lesquelles elles passent, mais à la façon dont nous réagissons dans les circonstances par lesquelles nous passons. Ce qui façonne nos vies, ce sont non les circonstances, mais les attitudes, les choix moraux que nous faisons au moment où nous passons par des circonstances difficiles.

Parce que la Bible la confirme, la constatation d’Eric-Emmanuel Schmitt est juste. Nous allons le voir tout à l’heure par l’étude rapide de deux personnages.

- La seconde est une constatation qui stupéfie l’auteur. «L’erreur que l’on commet avec Hitler vient qu’on le prend pour un individu exceptionnel, un monstre hors-norme, un barbare sans équivalent. Or, c’est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Ce pourrait être toi, ce pourrait être moi. Qui sait d’ailleurs si, demain, ce ne sera toi ou moi ? Qui peut se croire définitivement à l’abri ? A l’abri d’un raisonnement faux, du simplisme, de l’entêtement ou du mal infligé au nom de ce que l’on croit le bien. Aujourd’hui, les hommes caricaturent Hitler pour se disculper eux-mêmes. La charge est inversement proportionnelle à la décharge. Plus il est différent, moins il leur ressemble. Tous leurs discours reviennent à crier « ce n’est pas moi, il est fou, il a le génie du mal, il est pervers, bref, il n’a aucun rapport avec moi. » Dangereuse naïveté. Angélisme suspect.

Là aussi, le constat que fait l’auteur est juste et confirmé par la Bible. Si tous les hommes ne sont pas des Hitler, nous avons tous le potentiel, à cause du péché qui habite en nous et qui fait de nous des êtres égocentriques, la possibilité d’être tous des tyrans pour les autres.

Mais laissons maintenant le livre de Schmitt pour ouvrir la Bible et nous intéresser au premier personnage par lequel nous verrons que l’analyse de Schmitt recoupe celle du Livre de Dieu.

2. Premier personnage : Caïn : Genèse 4,1 à 7

Si Hitler a été un meurtrier, nous lisons ici qu’il n’a pas été le premier dans l’histoire. Ce premier nous est décrit ici : c’est Caïn, l’aîné des fils d’Adam et Eve, le frère d’Abel. Parce qu’il est le premier, la tête de quelque chose, la Bible ne limite pas l’histoire de Caïn à la genèse. Reprenant dans le NT son histoire, elle fait de lui le portrait type le modèle même des hommes mauvais, de ceux qui, sous l’influence de Satan, sont capables d’aller jusqu’au meurtre pour assouvir le sentiment de haine et de colère qui les habite :

1 Jean 3,11-12 : Car ce qui vous a été annoncé et ce que vous avez entendu dès le commencement, c’est que nous devons nous aimer les uns les autres, et ne pas ressembler à Caïn, qui était du malin, et qui tua son frère. Et pourquoi le tua–t–il ? Parce que ses œuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient justes.

Parlant des hommes impies et mauvais qui s’infiltrent dans les églises pour les corrompre de l’intérieur, l’apôtre Jude dira : Malheur à eux ! car ils ont suivi la voie de Caïn… : Jude 11.

Caïn étant le père de tous les meurtriers, et Hitler en étant l’un des plus grands, il est intéressant de faire quelque parallèle entre eux.

Tout a commencé chez Hitler comme chez Caïn par un échec. Alors qu’il s’est présenté à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne en 1908, dit Eric-Emmanuel Schmitt, Hitler a été recalé.

Pour Caïn, le contexte est différent de celui d’Hitler, mais c’est la même expérience qui est à l’origine de son parcours. Si Hitler est recalé devant le jury de l’Ecole des Beaux-Arts devant lequel il pense avoir fait de son mieux, c’est, chose plus terrible, devant Dieu que Caïn se voit recalé alors qu’il pensait peut-être avoir fait de son mieux pour Lui être agréable.

Remarquons d’ailleurs dans le récit de la genèse que ce n’est pas à Abel, mais à Caïn que, semble-t-il, revient l’initiative en premier d’apporter une offrande à Dieu. Abel n’a pas été le promoteur de cette idée, il n’a fait que suivre Caïn. Si tel est le cas, on comprend donc d’autant plus la frustration et le désappointement qu’a pu ressentir Caïn.

Dieu cependant n’est pas dupe de ce qui se passe. La Bible montre que si Dieu n’a pas reçu l’offrande de Caïn et agréé celle d’Abel, ce n’est pas par favoritisme, mais bel et bien à cause des dispositions dans lesquelles elles ont été faites.

Hébr 11,4 nous dit que c’est par la foi qu’Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn ; c’est par elle qu’il fut déclaré juste, Dieu approuvant ses offrandes.

Si l’offrande de Caïn n’est pas reçue, cela ne signifie pas de la part de Dieu que Caïn, en tant que personne, est rejeté. Mais, tel un étudiant ratant son examen de passage, Dieu invite Caïn à revenir de sa vexation pour revoir sa copie, analyser les causes de son échec, changer ce qui doit l’être et revenir à Lui : Genèse 4,6-7.

3. L’engrenage infernal

Toutes les choses qui se trouvent dans la Bible, dit l’apôtre Paul, ont été écrites pour notre instruction. Si nous avons dans les héros de la foi des modèles à imiter, la description que nous fait la Bible des hommes qui sont de mauvais exemples est aussi instructive. Car, par leur exemple et leurs attitudes, ils nous montrent les chemins que nous ne devons pas suivre. Caïn est un de ces hommes. Il est donc d’un grand intérêt pour nous d’analyser la spirale infernale qui conduira Caïn de la vexation au meurtre de son frère.

- le 1er palier de cette spirale est la vexation. Elle est due ici a une seule chose : au fait que, contrairement à ce qu’il espérait, Dieu n’a pas approuvé la démarche que Caïn a faite envers Lui. Alors qu’il pensait peut-être que l’offrande qu’il allait présenter à Dieu passerait comme une lettre à la poste, les choses ne se sont pas déroulées comme il l’espérait. C’est ici l’amour propre de Caïn qui est blessé.

La 1ère question que nous amène à nous poser Caïn est la suivante : Comment réagissons-nous lorsque les autres, nos proches, ou Dieu, ne font pas pour nous ce que nous aurions souhaité qu’ils fassent ? Nous devons être totalement lucides sur ce qui est à la source de toutes nos vexations : celles-ci n’ont qu’une seule cause : l’amour propre.

- le second palier de la spirale est le repli sur soi de Caïn. Vexé, Caïn fait la même chose que les vaches : il rumine, il passe et repasse dans son esprit les pensées mauvaises qui le traversent et qui sont dues à sa colère.

Si être vexé est le premier palier de la spirale, nous devons ici, comme Dieu avec Caïn, tirer la sonnette d’alarme : Genèse 4,6-7. La vexation ne doit pas nous amener à nous replier sur nous-mêmes pour nous plonger dans des pensées de plus en plus noires, mais à nous interroger sur ses raisons. « Pourquoi es-tu fâché comme cela, demande Dieu à Caïn ? As-tu raison de te mettre dans un tel état ? Est-ce justifié ? »

Le palier de la vexation est le palier où doit s’arrêter l’apitoiement que l’on a de soi. C'est peut-être ici, en tant que frère, que nous devons avoir le courage d'aller voir notre frère blessé pour parler avec lui, de peur que le mal ne progresse et que la situation ne dégénère. Si on ne le fait pas, nous devons savoir que la vexation conduira inévitablement à la colère. Or, la colère, montre la Bible, est la porte ouverte de l’âme au diable : Ephés 4,26. Comme une ville forcée et sans murailles, ainsi est l'homme qui n'est plus maître de lui–même : Prov 25,28.

- le second palier franchi, vient le moment où celui en qui la colère gronde doit trouver un coupable et une victime pour assouvir sa rancœur. Lorsqu’on refuse de reconnaître ses torts, il ne nous reste plus qu’une solution pour adoucir ses frustrations : trouver celui qui, à nos yeux, en est le responsable. Caïn ne pouvant s’en prendre à Dieu, c’est vers Abel, totalement innocent dans cette affaire que sa colère va se tourner.

La réaction de Caïn met en valeur également un principe que l’on retrouve dans toute la Bible. Ce principe est que le péché, quel qu’il soit, exige toujours un coupable ou un responsable. Or, si ce n’est pas nous que nous mettons à cette place, comme cause et raison de nos malheurs, ce seront les autres, souvent nos plus proches.

- le 3ème palier franchi, il reste à Caïn le dernier acte à jouer, celui du crime. C’est ce qu’il va faire et ce à quoi va aboutir une simple vexation pour un échec, un refus, une contrariété momentanée.

Peut-être, l’ai-je dit, nous ne deviendrons pas tous, dans notre orgueil, des Caïn. Mais, comme le dit si bien Eric-Emmanuel Schmitt, nous devons reconnaître que le vrai tyran de l’homme, c’est l’homme lui-même, son propre moi, son cœur mauvais, sa nature pécheresse, encline au mal, son orgueil invétéré, sa susceptibilité, son amour-propre maladif.

De même, nous ne deviendrons pas tous des Hitler, mais nous avons tous le potentiel d’être des tyrans qui s’insurgent et se mettent en colère lorsque les autres ne font pas ce qu’on aimerait qu’on fasse pour nous. La Bible explique clairement, dès l’origine, que le péché n’est fait que d’une seule chose, c’est finalement renverser Dieu de son trône pour se mettre à sa place. C’est, exactement ce que nous faisons lorsque, comme Caïn vexé, nous nous replions sur nous-mêmes pour ne voir plus que notre amour propre blessé : nous nous plaçons alors au centre de l’univers et nous exigeons que les autres fassent nos quatre volontés, tout le temps, pour n’importe quoi. Et malheur à eux si les choses ne vont pas assez vite.

4. Contre exemple :

Nous ne sommes cependant pas contraints à suivre cette voie. Nous pouvons agir et penser différemment. Cela nécessite cependant deux choses :

- la 1ère, c’est que nous prenions réellement conscience de l’engrenage infernal dans lequel nous conduit, si nous le laissons faire, le péché dans nos vies.

- La seconde, c’est que nous laissions le Seigneur agir et procéder aux changements que, par Son Esprit, Il veut accomplir en nous. De même que nous avons été formatés par le péché, nous devons être formatés par le Christ : Ephés 4,20 à 24

« Vous savez, dit Jésus à ses disciples, que les chefs des nations les tyrannisent et que les grands les asservissent. Il n’en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur : Matthieu 20,25. »

Il n’y a finalement pour nous humains que deux options possibles : celle d’être soit un tyran pour les autres par notre égocentrisme maladif, soit d’être un serviteur, porteur de bénédictions. Le 1er choix conduit aussi sûrement à la ruine chacun de nous qu’il n’a conduit Hitler et Caïn. Le second aboutit aussi sûrement à la gloire et à l’éternité qu’il a conduit Jésus. Se pose donc pour nous la question de façon permanente : quelle voie voulons-nous suivre ?

Le contre exemple, par excellence de Caïn se trouve aussi dans la genèse. Il s’agit de Joseph, le fils de Jacob. Vendu par ses frères, injustement mis en prison, oublié des hommes, il sera une bénédiction partout où il passera. Restauré dans son bon droit, devenu 1er ministre d’Egypte, il assurera en larmes ses frères de son pardon et veillera à ce qu’ils ne leur manquent rien. Nulle part, à aucun moment de son parcours, Joseph n’empruntera la voie de Caïn. Joseph a su vivre l’échec en Dieu : il est passé outre et a réussi. Caïn a achoppé sur l’échec. Il n’a pas surmonté l’obstacle et a été détruit.

5. Conclusion

La leçon principale que l’histoire de Caïn, et celle d’Hitler, telle que racontée par Eric-Emmanuel Schmitt, nous enseignent, c’est que, plus que les circonstances, ce qui façonne vraiment notre personnalité, est, non ce qui nous arrive dans la vie, mais d’abord et surtout la façon avec laquelle nous réagissons face à ce qui nous arrive.

Pour Caïn comme pour Hitler, il apparaît clairement que le moment de vérité décisif pour leurs vies a été le moment de l’échec, ce moment difficile où ils ont du faire face à un NON ! Leur histoire nous enseigne clairement que, plus que les moments où l’on nous dit oui, ce sont les moments où nous sommes confrontés au NON, les moments où l’on nous reprend et où l’on nous désapprouve qui sont les moments de vérité de notre histoire. Car c’est là, dans ces moments, que se décident souvent la façon avec laquelle va se poursuivre notre vie !

La seconde leçon est que rien ne s’infecte davantage dans notre personnalité qu’un blessure qui n’a pas été soignée, comme elle l’aurait dû, par le baume guérissant de la grâce de Dieu. Caïn a confondu rejet de son offrande avec rejet de sa personne. Il avait tous les moyens pour changer et être approuvé : l’exemple d’Abel (il suffisait qu’il fasse comme lui) et l’invitation de Dieu à revenir de sa colère

Allons-nous, comme Caïn et Hitler nous enfoncer et nous replier sur nous-mêmes, ruminant dans notre amour propre froissé notre vengeance ? Ou allons-nous comme Joseph l’a fait et comme Jésus nous l’a enseigné apprendre de l’échec pour chercher et trouver en Dieu les moyens d’y remédier ? Telle est là la vraie question de notre vie ! Tel est là notre avenir !

Que Dieu nous donne d’apprendre à la fois de Caïn, mais surtout de Joseph et de Jésus !