1. INTRODUCTION :
Au cours d’un de ses voyages en Europe de l’Est, le fondateur de Portes Ouvertes, Frère André, rencontra un pasteur qui fut maintes fois emprisonné. Celui-ci demanda à Frère André si on persécutait les chrétiens dans son pays d’origine, la Hollande. Frère André sourit :
- Non, les chrétiens ne sont pas persécutés dans ma patrie
- Ne met-on personne en prison pour sa foi ? demanda l’homme un doute dans sa voix.
- Non, personne
- Pourquoi pas ?
- Parce que nous avons la liberté de religion dans notre pays, lui expliqua Frère André.
Mais le frère de l’Europe de l’Est insista :
- Que faites-vous donc de 2 Timothée 3,12 ?
C’est une question très embarrassante si on ne connaît pas ce verset.
Frère André le lut : « D’ailleurs, tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. » Puis, il répondit à voix basse :
- Rien, nous ne faisons rien de ce verset..
2. QUE FAITES-VOUS DE 2 Tim 3,12 ?
« Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés ! Que faites-vous donc de ce verset ? Cette question posée il y a longtemps à frère André nous est aussi posée à nous qui vivons dans un pays libre ! Elle peut d’ailleurs être comprise de diverses manières :
1ère manière : que faites-vous de l’idée selon laquelle plus vous serez sérieux dans votre vie avec Jésus-Christ, plus vous aurez le courage de vivre et de vous afficher comme disciple du Christ, plus vous augmenterez vos chances d’être persécuté ? Avez-vous intégré dans votre vie l’idée que le prix à payer en termes de souffrances et de rejet des autres dans ce monde augmente proportionnellement à votre engagement pour Jésus ?
2ème manière : que faites-vous de l’idée selon laquelle une grande partie de vos frères et sœurs qui, dans le monde, professent leur foi en Jésus-Christ sont soumis à toutes sortes de souffrances : emprisonnement, torture, séparation, viols, violence… En quoi, dans votre quotidien, leurs souffrances vous affectent-elles, vous préoccupent-elles ou influencent-elles votre vie ?
C’est là une question sérieuse à laquelle, je pense, il vaille la peine que nous prenions, au moins un dimanche par an, la peine de réfléchir. Car, si la persécution a atteint certains de nos frères et sœurs dans le monde qui, dans le passé, jouissaient d’une certaine liberté, elle peut aussi nous atteindre un jour !
« Bien-aimés, écrit l’apôtre Pierre, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous aussi vous soyez dans la joie et dans l’allégresse lorsque sa gloire apparaîtra : 1 Pierre 4,12-13
Alors que, pour la 1ère fois, il prenait l’avion, Jan Pit, un collaborateur de Portes Ouvertes, se souvient de la frayeur qu’il a eu. Alors qu’il était assis confortablement sur son siège, une hôtesse prit la parole pour s’adresser par haut-parleur aux passagers pour leur dire : « Dans le cas peu probable d’une décompression imprévue, des masques sont prévus pour vous aider à traverser ce moment. » Pendant que la première hôtesse de l’air parlait, une autre, explique Jan Pit, se dirigea vers une armoire, l’ouvrit, et sortit un objet ressemblant à un masque. Puis elle ajouta tout sourire : « Vous trouverez également vos gilets de sauvetage sous vos sièges. »
L’intervention terminée, Jan Pit, comme tous les autres voyageurs se replongent dans leur univers. « Quand tout à coup, en altitude, raconte Jan Pit, je sens l’avion tanguer. Je jette un coup d’œil à l’extérieur et je frissonne. Je n’entends plus le bruit des moteurs. Le bout de l’aile remue de haut en bas comme s’il allait se rompre d’un moment à l’autre. Les paroles de l’hôtesse résonnent dans mes oreilles : « Dans le cas peu probable d’une décompression imprévue… » Rien maintenant, dit-il, ne me semble improbable ! Au contraire ! »
Pensons-nous, ajoute Jan Pit suite à son expérience, à l’égard de la persécution comme lui pensait à l’égard de la possibilité éventuelle d’un ennui technique en plein vol. il se peut que, prenant l’avion, un tel ennui ne se produis jamais pour vous. Mais il se peut aussi qu’il arrive. Et, en ce cas, nous avons tout intérêt à nous y préparer avant et, comme l’a dit l’hôtesse de l’air, à réfléchir d’avance aux mesures et au moyens dont nous aurons besoin pour traverser ce moment difficile.
Pendant la guerre du Vietnam, les missionnaires d’une certaine société tenaient leur conférence annuelle. La ville où ils étaient réunis ressemblait à une forteresse. Il y avait beaucoup de soldats, de barricades et de canons car les communistes du Nord Vietnam l'avaient souvent attaquée. Malgré tout, les missionnaires discutèrent de divers projets prévus pour les années à venir et adoptèrent un programme de dix ans. Nul ne pensait que le Vietnam tomberait. Tous étaient bien convaincus qu’il resterait toujours ouvert au travail missionnaire.
Qu’est-il arrivé ? Le Vietnam succomba, non pas dix ans plus tard, mais dix jours après la conférence ! « Cela n’arrivera jamais » : telle était l’opinion des missionnaires présents. Mais dix jours plus tard, ils devaient tous fuir le pays, laissant, dit le frère qui rapporte cet événement, l’Eglise sur place sans préparation.
Prier pour nos frères et sœurs qui, aujourd’hui, passent par la persécution ! Penser, méditer, réfléchir à la part que cette réalité a dans notre vie ! Nous préparer « au cas peu probable » où elle surviendrait pour nous : tel est le sens et l’utilité que nous voulons donner ce dimanche à ce culte consacré partout dans le monde à l’Eglise persécutée !
3. Réflexions bibliques :
En quoi, en tant que chrétien vivant dans un pays libre, la souffrance de l’Eglise persécutée me concerne-t-elle ? Que peut-elle m’apprendre ? Et en quoi, moi qui n’ait pas aujourd’hui à faire directement face à la persécution, m’oblige-t-elle ? C’est à ces trois questions que, ce matin, j’aimerais que nous réfléchissions encore pendant ce culte.
1ère question : en quoi, en tant que chrétien vivant dans un pays libre, la souffrance de l’Eglise persécutée me concerne-t-elle ?
Réponse : Actes 9,1 à 5
La 1ère réponse à la question posée se trouve dans les mots que le Seigneur choisit d’employer lorsque, s’adressant au plus grand persécuteur de l’église primitive, Il intervient du haut des cieux pour l’arrêter dans ses funestes projets. Alors que Saul de Tarse est en route vers Damas pour arrêter et faire juger les chrétiens à Jérusalem, le Seigneur, s’adressant à lui, ne lui demande pas : Saul, Saul, pourquoi persécutes-tu Mes disciples ? Mais Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ?
Les mots choisis par Jésus pour s’adresser à Saul ont un seul but : l’amener à comprendre qu’en s’attaquant à la personne de Ses témoins, c’est à Lui-même en fait qu’il s’attaquait. Si ces mots ont suffi à arrêter Saul de Tarse dans la rage qu’il avait contre les disciples du Christ, ils ont aussi pour nous, peuple de Dieu, une portée qui doit nous interpeller.
Nous pouvons, en effet, en lisant les nouvelles de la Mission Portes Ouvertes ou d’autres œuvres qui travaillent à relayer les informations sur l’Eglise persécutée, lire ces choses comme des faits assez distants de nous. Les souffrances de nos frères et sœurs en Christ en Asie, dans les pays musulmans ou en Amérique latine, certes, nous concernent, mais cela reste pour nous une cause de tristesse finalement assez lointaine. Jésus voudrait nous amener ici à comprendre qu’il ne doit pas en être ainsi.
Car, dit-Il, il se passe avec la persécution la même chose que ce qui se produit avec l’amour : Matthieu 25,31 à 37. Chaque fois, montre ici Jésus, que l’un d’entre nous fait du bien, de manière pratique, à l’un de ses frères dans la foi, c’est à Lui qu’Il le fait. De même, chaque fois que, dans le monde, un disciple du Christ souffre par la persécution, l’humiliation, les coups, c’est en fait le Christ Lui-même qui est frappé, emprisonné, humilié. Si cette prise de conscience a arrêté Saul dans sa haine contre les chrétiens, elle devrait pour notre part nous amener, plus que n’importe quel autre argument, à nous sentir inévitablement concerné par la persécution.
A quoi, pour nous la rendre sensible, pourrions-nous comparer la persécution des chrétiens dans le monde ? Je m’appelle Georgel (vous pouvez mettre votre nom). Imaginons que, en tant que tel, je sois le père de multiples enfants portant mon nom, enfants qui sont dispersés un peu partout dans le monde. Or, voilà que j’apprends soudainement qu’en de multiples endroits, les autorités de certains états ont décidé de s’en prendre aux Georgel. C’est décidé : tous les Georgel doivent être arrêtés, emprisonnés ou pour certains même, exécutés ! Dirais-je que, parce que ces choses ne se passent pas là où je suis, elles ne me concernent pas ? Non, bien sûr ! Les Georgel sont la chair de ma chair. Toucher à l’un d’entre eux, le blesser, c’est obligatoirement me toucher et me blesser, moi. Ce que, de manière imparfaite, j’illustre ici est exactement ce qu’en réalité le Christ vit chaque fois que l’un de ses plus petits souffrent quelque part dans le monde à cause de Son nom !
C’est donc en premier lieu parce que c’est au Christ, notre bien-aimé Seigneur, Lui-même que l’on s’en prend, que les souffrances de l’Eglise persécutée dans le monde nous concernent tous !
2ème question : Que peut m’apprendre, à moi qui suis libre, la somme de souffrances que peut connaître l’Eglise persécutée ? Au moins deux choses :
1. la 1ère chose est ce que j’ai déjà dit en introduction. Les souffrances qu’endurent nos frères et sœurs persécutés dans le monde nous rappellent à chaque instant qu’en devenant disciples du Christ, nous avons choisi de suivre un Maître qui a été couronné d’épines et crucifié.
« Souvenez-vous, dit Jésus à Ses disciples, de la parole que Je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ! : Jean 15,20.
Envisager la persécution, non seulement comme probable, mais comme certaine, doit faire partie des probabilités auxquelles tout chrétien doit être prêt, cette éventualité ayant été clairement incluse dans le contrat que le Christ a signé avec nous lorsque nous nous sommes mis à sa Suite !
2. la seconde chose est que les souffrances, parfois intenses, et le prix élevé que certains de nos frères et sœurs payent dans le monde pour le simple fait de se déclarer pour Christ, devraient nous amener à minimiser et à relativiser les petites discriminations que nous pouvons vivre dans nos pays libres à cause de Lui.
Alors que le prophète Jérémie se plaignait de son sort, l’Eternel lui fit parvenir ce message : « Si tu cours avec des piétons et qu’ils te fatiguent, comment pourras-tu lutter avec des chevaux ? Et si tu ne te crois en sûreté que dans une contrée paisible, que feras-tu sur les rives orgueilleuses du Jourdain ? Jérémie 12,5
Dit avec d’autres mots, le message du Seigneur est clair : Jérémie, cesse de te plaindre ! Tu es loin d’avoir tout vu ! Si tu ne supportes pas les contrariétés et les désagréments que tu connais aujourd’hui, qu’en sera-t-il lorsque les choses vont s’empirer ?
Si nous ne connaissons pas encore la persécution, un moyen nous est donné d’apprendre à nous préparer pour le jour où elle arrivera. Ce moyen consiste à apprendre dès aujourd’hui, au lieu de nous plaindre, à apprendre à vivre dans le contentement, en nous réjouissant de ce que nous avons en Christ !
« C’est une grande source de profit, dit Paul, que la piété, si l’on se contente de ce que l’on a. Car nous n’avons rien apporté dans le monde, comme d’ailleurs nous n’en pouvons rien emporter. Si donc nous avons la nourriture et le vêtement, cela nous suffira : 1 Tim 6,6 à 8. »
« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! dit Paul aux philippiens depuis sa prison : Phil 4,4. » En d’autres mots, Paul nous dit : N’attendez pas de recevoir des autres ou des circonstances, ce dont vous avez besoin pour être dans la joie. Il y a en Christ toutes les ressources dont vous avez besoin pour cela ! Vivre déjà aujourd’hui de Christ, au sein de la facilité et de l’abondance, est la meilleure préparation pour apprendre à vivre de Christ demain au milieu du dénuement et de la solitude.
3ème question : En quoi, moi qui n’ait pas aujourd’hui à faire directement face à la persécution, m’oblige-t-elle ?
Des multiples réponses possibles à cette question, j’aimerais en retenir deux :
1. la 1ère a été énoncée par Jésus Lui-même : Matthieu 5,43 à 48
Tout l’objectif du sermon de Jésus sur la montagne, duquel sont tirées ces paroles, vise une seule chose : amener Ses disciples à comprendre que, désormais, ce n’est plus la loi ou l’enseignement des maîtres juifs qui fixent les normes futures de leur conduite, mais ce que Lui-même dit. Alors que, dans le passé, on avait enseigné aux juifs d’aimer leur prochain, mais de haïr leurs ennemis, jésus dit que, désormais pour eus, la règle est changée. Ce qu’il convient de faire à un disciple de Christ face à un ennemi, c’est de L’aimer, et face à ceux qui le persécutent, c’est de prier pour eux !
Il est intéressant de noter ici que, alors que spontanément nous nous sentons portés à prier pour ceux qui sont persécutés, c’est vers les persécuteurs que, spontanément, la pensée de Jésus se porte lorsqu’Il pense à la prière dans une situation de persécution. On pourrait croire, en entendant Jésus, que Celui-ci semble fort peu se préoccuper de la situation de ceux qui souffrent. Prier pour les persécuteurs, oui, certes ! Mais n’est-ce pas d’abord ceux qui sont persécutés qui ont besoin de nos prières ?
Même si elle en a l’apparence, la prière de Jésus ne contredit pas la prière faite pour ceux qui souffrent pour leur foi. Elle en modifie seulement la priorité. Pour Jésus en effet, la persécution à laquelle ont à faire face Ses disciples, ne peut s’arrêter que d’une seule manière : c’est que le cœur et la conscience des persécuteurs soient touchés par l’Esprit de Dieu (la conversion de Saul de Tarse en est l’exemple le plus frappant). Aussi, pensant à Ses disciples qui souffrent, c’est vers cette priorité que Jésus nous appelle à regarder lorsque nous intercédons pour nos frères.
La priorité donnée par Jésus dans la prière valide ainsi les grands mouvements de prière lancés par les missions chrétiennes engagées dans le soutien à l’Eglise persécutée : 7 ans pour la Russie, prière pour la Corée du Nord, les chrétiens dans les pays musulmans… avec les résultats que l’on sait déjà (voir le témoignage de Frère André sur l’époque de la chute du mur en 1989, comme celle de Ceaucescu en Roumanie).
Dans le bulletin de PO de ce mois, une phrase, confirmant la justesse de vue de Jésus sur la priorité donnée à la prière, dit ceci : « Dans leurs prières, les chrétiens persécutés ne demandent pas d’être moins persécutés, mais de rester fermes dans la foi et d’agir avec courage et sagesse. » Autrement dit, la prière des chrétiens n’est pas d’abord la fin de leurs souffrances, mais la puissance de leur témoignage auprès de leurs persécuteurs, ce qui va dans le sens de l’action menée par l’Esprit de Dieu pour les atteindre !
2. la seconde se lit en Hébreux 13,3 : c’est la compassion
Cette compassion devrait nous être d’autant plus facile que, ayant un corps et un cœur comme nos frères et sœurs qui souffrent, nous pouvons aisément nous projeter dans leur situation. C’est le fait de nous mettre à leur place, dans la peau de ceux qui souffrent pour Christ, qui peut nous inspirer les actions qu’à notre niveau nous pouvons mener pour les soulager ou améliorer un tant soit peu leur sort : soutenir des actions menées en leur faveur auprès des autorités, leur écrire…
Je dois confesser pour ma part que j’ai loin d’avoir fait dans ce domaine tout ce qu’il était possible de faire. Si ce culte peut nous amener à une plus grande prise de conscience à ce niveau, il aura atteint son but.



